La chance entre les mains. [Rencontre avec Hadriack]

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La Fille du Vent
Vous voilà prêt à rejoindre une guilde !
Guilde : ...
Inventaire : Un collier - une flûte - une ceinture de cuir dont les poches sont remplies de mille et une merveilles - un couteau à la lame fatiguée - un bâton recouvert d’étranges runes - un carnet accompagné d’un crayon grossièrement taillé - une balle d’acrylique ébène - une note écrite accompagnée de quelques pièces - une lettre sous scellé.
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Date d'inscription : 01/09/2016
Localisation : Là où souffle le vent
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MessageSujet: La chance entre les mains. [Rencontre avec Hadriack]   Ven 23 Déc - 18:32

Anselm 2 en Nuvan, cycle de Nasvar, 1216


La lame s’enfonce, tant bien que mal.
Plus qu’elle ne coupe, elle déchire ; plus qu’elle ne tranche, elle arrache. Pourtant, le lien qui la relie à son ancienne vie se délite peu à peu. Méticuleusement et patiemment, la fille du vent accomplit la tâche le plus soigneusement possible. Jusqu’à ce qu’enfin, enfin, la lame rencontre l’air. Le lien définitivement tranché.
Les cheveux de l’enfant retombe avec légèreté sur ses épaules dénudées.

D’un air étonné, la jeune fille regarde la longue tresse qui repose dans sa main. Figée un instant sur cette image, elle cligne des yeux à plusieurs reprises comme face à un mirage. À la caresse du vent, elle s'ébroue et se remet en mouvement. Elle libère ses cheveux coupés du fil qui les retient d'une torsion, puis inspire profondément. Une brise légère se lève. Elle expire. La brise grandit.
Tendant sa main devant elle d’un geste symbolique, l’enfant offre au désert implacable et indomptable les derniers vestiges du temps qu’elle y a passé, temps désormais révolu et terminé.
Dans la lumière orangée du jour naissant, des cheveux volent dans le vent. Accompagnés par la mélodie tremblante des derniers sanglots d’une enfant.

***********

D’une flexion des genoux, la fille du vent atterrit avec souplesse sur la terre sèche des rues d’Alënor. Elle secoue ses vêtements légers, caresse d’une main distraite la tête de son compagnon perché sur ses épaules, et c’est sans un regard en arrière qu’elle se dirige d’un pas sûr vers le sommet de la cité.
Pourtant, cela lui est difficile. Ses habitants vont lui manquer, eux qui ont su l’accepter et la faire se sentir partie de leur communauté. Ses rues alambiquées vont lui manquer, étroites et sinueuses dans lesquelles elle a tant aimé jouer et souffler. Ses toits poussiéreux vont lui manquer, témoins silencieux de ses acrobaties et de ses nuits solitaires. Ses embruns salés vont lui manquer, eux qui dansaient avec piquant dans le vent mordant qu’elle soulevait. Mais plus encore, il va lui manquer. Terriblement. Pincement au cœur et mâchoire qui se sert. Il n’y a rien à faire.
Elle espère simplement ne pas l’oublier.
L’enfant ferme les yeux un instant, retient maladroitement la vague qui tente de l'emporter au loin. Puis elle reprend son chemin, le front plissé par son air décidé.

Malgré la jeune heure, l’activité au sommet d’Alënor bat son plein. De toute part des hommes et des femmes s’affairent à charger, décharger, compter, vider et nettoyer les aéronefs arrimés. Des cris fusent en tout sens, le vent souffle dans les voiles et fait claquer les cordes contre le bastingage.
L’enfant sourit, son pas se fait plus léger. Emportée par la brise, elle se laisse glisser avec agilité parmi la foule agitée. D’un pas enjoué, elle se laisse couler entre les mains animées par des discours endiablés. Les yeux illuminés, elle se fond dans la masse aux voix et aux vêtements colorés. L’enfant est fascinée. Bouche bée, elle tourbillonne sur elle-même pour ne pas perdre une seule miette du spectacle qui s’offre à elle.

Jusqu’à ce qu’une douleur sourde tambourine à son épaule et qu’elle se retrouve nez à nez avec la terre. Surprise et sonnée, l’enfant reste étalée dans la poussière alors qu’une voix pleine de colère tonne après elle :

”T’peux pas r’garder où tu vas, gamine ? Un peu plus et t’passais par d’ssus bord! Pousse-toi donc d’mon ch’min! ”

Décontenancée, l’enfant s’appuie maladroitement sur la terre pour se retourner alors qu’une douleur aigüe vrille son épaule droite. Fermant un instant les yeux, elle les écarquille soudainement en prenant conscience de la montagne qui se dresse face à elle, jetant sur son visage une ombre impressionnante.

”Je... Je suis désolée, bredouille-t-elle, je ne vous avais pas vu. Vous n’avez rien?”

Joignant gestes à la parole, l’enfant se redresse d’un bond alors que la troll la regarde d’un air étonné, avant d’éclater de rire.

”Ha! Parc’que tu crois vraiment qu’un microbe comme toi pourrait ne s’rait-ce que m’ébranler? Aller, ôte-toi d’mon ch’min!”


Et sans lui laisser le temps de répondre, la troll reprend en main deux immenses barriques et se remet en marche. La fille du vent, attentive cette fois, s’écarte de justesse pour la laisser passer alors que l’un des tonneaux la frôle de nouveau. Une première rencontre suffit.
L'enfant reste sonnée, les bras ballants et la bouche bée, encore stupéfaite de la scène trop rapidement passée.

”Excuse-la pour ses manières bourrues, une fois ses provisions en main elle est inarrêtable. Tu n’as rien ?”

Surprise, l’enfant se retourne au son de la voix douce qui se lève derrière elle ; une jeune femme l’observe. Elle lui sourit.

”Mon épaule me fait mal mais je vais bien, merci. C’est à moi de faire attention où je mets les pieds.”


Se rappelant soudainement la raison de sa présence, le visage de l’enfant s’illumine.

”Tu ne sais pas où se trouve La Fringale par hasard?
Demande-t-elle innocemment.

Un voile passe, le regard de l’humaine change.

”En quoi ça t’intéresse?”


Le ton est froid, tranchant. L’enfant n’en tient pas compte.

”J’ai une lettre à remettre à son capitaine.”

”Une lettre de qui?”


”De mon maître.”

”Qui est?”

L’enfant qui se prête jusque là au jeu hésite soudainement. Alakeï n’a jamais souhaité qu’elle révèle son identité, et plus encore maintenant qu’il est... décédé.

”Une connaissance de longue date, un ami de ton capitaine. Mais je ne pense pas que cela te regarde.”


Interloquée par le ton de la gamine, la femme la détaille un long moment.

”Bien. Donne-la moi, je la lui remettrai.”


Une main se tend vers l’enfant.

”Non."

La voix se brise, comme une vague sur un récif. L'émotion qu'elle contient tente de percer, mais l'enfant la retient. Essuyant avec empressement l'une de ses joues, la fille du vent plante son regard dans celui de la jeune femme et reprend d'une voix ferme et assurée.

"Non, je dois la lui remettre en main propre. Tel est le dernier souhait de mon maître, et je l’exaucerai.”

Campée fermement sur ses deux pieds, se redressant du plus qu’elle le peut, l’enfant se tient fièrement devant la pirate sans lâcher un seul instant le regard qu’elle soutient. Oui, cette lettre, elle la remettra coûte que coûte aux mains du capitaine de La Fringale.
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