Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]

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Ozhâlee Sae'kia
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MessageSujet: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Sam 22 Oct - 12:21

Sueur, sable, sourire. Les écales passent de mains en mains.
Cliquetis, éclat.
De tous les jours qui puissent exister, ceux de marché étaient incontestablement les meilleurs. Tous les petits commerçants, du boulanger à l'épicier, de l'orfèvre au saltimbanque, se réunissaient dans les rues d'Alënor. À la fois vendeurs, et artistes à leur manière, ils se levaient avant même Olèk'tar, installant leurs tables, leurs outils et leur labeur. Puis, alors que l'astre de feu prenait place sur la ligne d'horizon, les allées s'emplissaient d'un identique flot d'humanoïdes.
C'était, à peu près, ce qu'avait fait ce matin Ozhâlee. Elle, qui vivait seule dans une avenue plus aisée -grâce aux dons de riches pèlerins, avait rejoint ses parents dans des ruelles plus basses. Ensemble, ils avaient installé les établis, étalé les étoffes, mis en valeur des tuniques ouvragées, rangé par couleur les chèches et les caches-nez. Des effluves piquantes parvinrent vite de l'étal d'en face : c'était Jarif, un tenancier, qui faisait cuire à la broche Birdo et Dravyyr. Sa femme quant à elle, enroulait des galettes garnies dans de vastes feuilles d'Ystol. Le couple ne tarda pas à haranguer la foule, toujours plus grouillante et colorée, et les Sae'kia firent de même.

Un vieil homme à la peau noire, ridée, poussant devant lui une charrette en bois, pila net devant l'étalage des tisserands. Des volutes de fumée s'envolaient de tout son attirail.
- Eh ! Ma p'tite Azdyor, vous prendrez bien un peu d'tisane de Nuhen ?
Ozhâlee leva la tête, alors qu'elle arrangeait le coin des soieries - bien sûr mis en pagaille par des touristes en quête d'exotisme. Un sourire franc illumina son visage : était-ce elle, ou ses yeux dorés se voyaient de loin ?
- Je ne dis pas non, mon frère ! Approuva-t-elle, dans un rire, en lui tendant une écale.
Ils échangèrent quelques banalités, alors que le vieillard sortait une bouilloire irisée et versait le liquide dans un petit bol. Soudainement, une bourrasque de vent, pareille à une enfant chapardeuse et peut-être en était-ce vraiment une, manqua de renverser l'ancien et son bagage, (et fit tinter les cuivres du cuisiner d'en face). Tandis qu'il se reprenait et tendait le récipient à la chamane, il eut un accès de mécontentement, sa voix se faisant plus grave et plus sépulcrale :
- Eh bien ! Ces enfants, puissent-ils savoir quoi faire d'leur vie. Avec un geste désinvolte. La p'tite là, qu'voyez, c't'une toute jeune, toujours toute seule d'ailleurs, 'lui connait ni...
Il poursuivit sa logorrhée sans s'interrompre, content peut-être d'avoir l'occasion de râler tout son soûl. Ozhâlee, un sourire faussement aimable plaqué sur le visage, déposa, dans un geste lent, infiniment lent, sa tasse sur l'établi en bois.
Une enfant.  
Toute jeune.
Là, toute seule.
Mais surtout, chamane du vent.
- Veuillez m'excuser.

Sans plus attendre, Ozhâlee se lança à la poursuite de ce qu'elle pensait être, un souvenir. Aidée d'une poussée d'air, les jambes souples, le torse agile et fluide, elle se faufilait entre le fleuve de personnes. Infiniment plus rapide que cette masse informe et grouillante, à contre-courant de la multitude, elle avait pourtant perdu de son habileté à l'exercice, et le souffle qu'elle poursuivait y était rompu. La tenue qu'elle portait ce jour-là ne l'arrangeait pourtant pas. Ses pieds se trouvaient presque nus, seulement liés de bandelettes jusqu'aux genoux, et des chausses serrées protégeaient ses cuisses. La tunique ocre qui les surmontait laissait ses bras tannés par Olèk'tar libres de tout mouvement, elle qui était seulement cintrée à la taille par une ceinture de cuir. Ses mains hâlées étaient encore couvertes d'arabesques étroites, peintes sur elles-même avec un pinceau en fleur de Jakodor. Enfin, un cache col brun strié de blanc parachevait l'ensemble, couvrant sa gorge, ou son visage quand de rares bouffées de sable envahissaient les allées. Ozhâlee, dont la chevelure blanche flottait tel un étendard derrière elle, poursuivait une course effrénée à travers ce bazar, manquant à plusieurs reprises de renverser des vases, des choses précieuses, ou même simplement des personnes. Quelques fois, elle apercevait ce qu'elle poursuivait, et elle était presque sûre... Eh bien, d'être sûre.
Cela devait être cinq ans auparavant, alors qu'elle effectuait un pèlerinage "d'entraînement", accompagnée de la génération plus âgée d'Azdyors. Son apprentissage se poursuivant toujours plus, il était temps pour l'Elyakie de faire ses preuves sur le terrain. Elle-même devait avoir, quoi... 20 ans ? 19 ? C'était cela. Eh bien, parmi la myriade de pèlerins, elle avait aperçu une enfant, terriblement enchaînée. Son minois laissait penser qu'elle approchait les dix ans, mais l'ardeur qu'elle mettait à se débattre présageait des compétences avancées. Et puis, il y avait ce qu'elle avait senti en elle. Comme une tempête à la puissance déchaînée, tout le vent de Yafhja et plus encore ; une affinité telle avec l'air ; la manière dont la petite emplissait l'espace, pression, dépression, vitesse et souplesse. Ardeur et douceur. Elle était une chamane.
Mais très vite, elle l'avait perdue de vue.

Perdue dans ses pensées, Ozhâlee continuait sa poursuite, poursuivait sa course dans le bazar ; chaque pas faisait tinter sous les tissus ses quatre amulettes. Mais brutalement, la brise qu'elle pourchassait bifurqua, et l'Azdyor la suivit, la suivit...
La chamane s'arrêta. Elle faisait désormais face à une impasse.
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La Fille du Vent
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Jeu 27 Oct - 14:46

Houle agitée, foule colorée.
Discret, un rire se glisse avec agilité à travers les embruns du matin. Une caresse, un souffle. À peine senti qu’elle est déjà partie.
L’enfant rit.

Main chapardeuse, main rieuse.
Le souffle de l’enfant court dans l’allée sans qu’elle ne se fasse remarquer. Pied léger et main rapide, telle est la clé. La fille du vent se dissimule dans la lumière, se dévoile dans l’ombre ; équilibre précaire et néanmoins nécessaire si elle veut réussir. D’un rapide coup d’œil elle vérifie la liste que son maître lui a donné. Il ne lui manque plus qu’un objet... Peut-être cette fois-ci va-t-elle enfin y arriver !
Sans plus tenir, l’enfant s’élance dans un éclat coloré.

Avec l’efficacité de celle qui sait observer, et quoi observer, la fille du vent réfléchit avec rapidité. La foule est plus éparse, le soleil plus haut dans le ciel... Et le collier bien gardé. Mais il y a toujours moyen de parvenir à ses fins.
Près des étals colorés de tissus froissés, un marchand de thé pousse d’un air nonchalant sa charrette abimée par le temps. L’ouverture est parfaite.
Ses pas s’accélèrent, ses poumons se gonflent. Le vent se lève.
Et l’enfant devient le vent.

Elle glisse sur les tissus colorés, caresse les vêtements des passants, se rit des obstacles qui tentent de se dresser sur sa route vainement. Du bout des doigts, elle caresse les cuivres qui s’agitent devant le souffle invisible, jouant d’étranges notes aux harmoniques erratiques qui s’apaisent lentement, pour s’arrêter finalement. Intrigués, commerçants et passants ne peuvent s’empêcher de regarder. Ils connaissent l’enfant farceuse et ses tours, savent qu’elle aime jouer de son élément dans les rues du marché et que, lorsque le vent souffle, elle n’est jamais bien loin. Oui, mais ils ne la voient pas. Pas cette fois-ci. La fille du vent est déjà partie. Elle a déjà dépassé l’étal du cuisinier, cueillit le collier du bijoutier d’à côté et tourné au coin de l’allée. D’un pas vif et décidé, elle s’est détournée de l’avenue marchande pour se glisser dans une ruelle ombragée, a viré une fois à gauche, une fois à droite, puis s’est envolée.
Sans se douter qu’un regard l’ait croisé.

Au sommet des toits d’Alënor, l’enfant a trouvé refuge. Encore prise de la décharge incroyable de l’adrénaline, elle prend le temps d’apaiser son cœur et son corps qui s’agitent de tremblements incontrôlables en faisant circuler avec calme et méticulosité l’air entrant et sortant de ses poumons.
Enfin, elle retrouve le calme. L’enfant glisse ses mains dans les poches de sa ceinture et en sort avec la plus grande délicatesse sept objets, sept merveilles. Comme par peur de faire éclater la bulle d’un rêve, elle les caresse du bout des doigts. Poignard, statuette, bague, fourchette, foulard, épices... Et le collier. Tout y est. Dans les yeux ciel de l’enfant, une flamme s’allume. Ah, comme elle en a bavé pour les attraper sans se faire repérer, nombre de fois elle y a échoué ! Mais enfin, enfin elle a réussi ! Soudainement, une immense bouffée de joie l’envahit, s'amplifiant et l'inondant toute entière alors qu'elle se sent grandi.
Au sommet des toits d’Alënor un rire s’élève dans le ciel, haut et cristallin, emporté par le vent alors qu’une enfant s’agite dans une danse triomphante dont elle seule peut comprendre le rythme, trop heureuse d’avoir enfin réussi l’épreuve de son maître.
Sans se douter un seul instant que quelqu’un l’ait suivi.

Dans l’espace infini du ciel, deux courants d’air se rencontrent de nouveau.
Contact familier et étranger à la fois, l'enfant se retourne, intriguée.
Les vents dansent avec volupté.


Dernière édition par La Fille du Vent le Mar 29 Nov - 16:43, édité 1 fois
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Ozhâlee Sae'kia
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Ven 28 Oct - 21:58

L'impasse se dresse là, imperturbable femme de pierre. Omniprésente autour d'elle, de tout côtés elle entoure l'Elyakie. Tantôt un mur de terre crue, tantôt une cloison de briques roses. L'adolescente ne doit pas être loin. Elle était là. Elle ne l'est plus. Elle avait dû... Eh bien, s'élever d'un niveau.
Inspiration. Ozhâlee s'ancre dans le sol, ses muscles se tendent, de ses orteils nus au bout de sa nuque.
Expiration. Ozhâlee s'envole au-dessus des toits. En moins d'une seconde, elle voit tout, absolument tout : les rues surchargées, les grandes draperies accrochées d'un bout à l'autre des artères pour faire de l'ombre, les mouvements gracieux de la foule, pareils à un Shai-Hulud grouillant sous la surface.

L'Azdyor atterrit, les jambes pliées, à peine accueillie par un coussin d'air. Un peu plus loin à peine, la jeune fille est là. Debout, sa tresse de cheveux châtains dans les vents secs et chauds des hauteurs, elle danse. Oui, elle danse. Alors, sans un bruit, sautant de toits en toits, Ozhâlee s'approche, l'air la portant à chaque pas. Plus elle vient, plus elle sent le goût du rire, plus elle respire la couleur de la félicité. C'est l'énergie éclairée que le souffle adulescent dégage, une énergie bien plus claire que celle qu'elle avait croisé autrefois, quand elle s'était parée des teintes fuligineuses de la captivité.
C'est elle, elle en est sûre désormais. Les ans ont traîné sur elle leurs pattes, mais c'est elle, sa même empreinte flotte dans l'atmosphère. L'Elyakie, se plaçant non loin d'elle, se demande pourtant, quel est l'objet de cette joie, et alors que l'Azdyor rit de la situation, elle observe la danse victorieuse de l'enfant. Puis, celle-ci cesse. Et se retourne.
Ozhâlee la fixe, la tête penchée, un sourire sur les lèvres. Le vent semble s'apaiser d'un coup, moins épris de la joie victorieuse venant de la petite chamane, mais plus empreint du malice issu de la grande.

- Joli butin que tu as là ! Mais tu sais, si tu en avais juste marre de manger avec tes mains, il aurait suffi de demander, fait-elle en pointant la fourchette avec son menton. Le peuple elyakie n'est pas avare en ustensiles. Tu dois t'en douter...

Sa voix s'atténue sur la fin de sa phrase ; l'équilibre des mots est fendu. L'Azdyor éprouve toujours cela pour les plus jeunes. Cette espèce d'espièglerie, née de l'empathie. Pour les plus âgés alors, de quelque classe qu'ils soient, c'est du respect, beaucoup de respect. Et quant à ceux de son âge, ce n'est rien de plus qu'une prosaïque adaptation aux attentes de l'autre. Parfois déjouée par une critique sévère. Mais en tout cas, elle a côtoyé beaucoup trop d'enfants et adolescents dans les bas-fonds d'Alënor, (les personnes sacrifiées dans une lutte déséquilibrée, dirait-elle), pour ne pas savoir comment faire parler celle-ci. Le mimétisme est une clé, la magie en est une autre, mais tout deux savent faire naître la complicité et l'admiration. Parfois.
Du moins, elle l’espère.

- Me reconnais-tu, ma sœur ?

Le silence de l'attente, de la profondeur d'un puits, se fait entendre.
Une âme égarée parcourt les alizés.
Une âme oubliée a tout à apprendre.  
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Mar 29 Nov - 18:06

Brise rieuse, caresse curieuse, le souffle de l’enfant disparait dans le néant. En attente suspendue de la nouvelle venue.

Sur les toits d’Alënor, sous l’implacable soleil d’Ermurag, la fille du vent est en suspend. Arrêtée au-dessus de son trésor, figée face à l’inconnu de son sort, l’enfant ne sait que faire. Repérée, elle a été repérée. Pire, elle a été suivie et trouvée. Que faire ? Fuir ? Courir ? Discourir ? L’enfant perd pied, ne sait que penser, son cerveau embrumé. Jusqu’à ce qu’elle ait quelque chose à quoi se raccrocher. Une phrase, une parole. Un souffle.
Les mots de la jeune femme fusent, emportés par le courant d’air qu’elle libère. Ce souffle dans le vent, ce trait dans la brise, serait-ce..? La fille du vent devient attentive ; l’air appesanti l’espace d’un instant reprend vie. Et l’enfant sourit.

” Oh mais j’aime bien manger avec les mains ! Je n’en ai pas besoin tu sais, je les ai simplement emprunté. Demain, si je me débrouille bien, ils auront retrouvé leur propriétaire ! Répond-elle d’un ton débonnaire, enjoué par celui chaleureux de la jeune femme.

Mais plus encore, l’enfant est ravivée par le vent nouveau qu’elle sent souffler autour d’elle. Nouveau et pourtant étrangement familier. Comme si elles se connaissaient...
Un sourire aux lèvres, la fille du vent lève le poignet, prête à tester la femme qui lui fait face. Mais alors que ses poumons se gonflent et que la brise chaude tourne autour d’elle avec volupté, l’enfant est de nouveau arrêtée.

- Me reconnais-tu, ma sœur ?

Les yeux écarquillés, les paupières battantes, la fille du vent semble un instant ne plus respirer. Inspiration, elle incline la tête sur le côté. Expiration, elle incline la tête de l’autre côté. Ses yeux aux couleurs du ciel détaillent avec intensité la femme aux cheveux blancs, cherchant désespérément à retracer le chemin de ses pensées pour parvenir à cet instant, ce moment si proche à portée de main. Qui s’envole dans le lointain.

” Non, je ne te reconnais pas. Répond-elle, désolée et les épaules affaissées. Tu es là, au coin de ma mémoire, mais je ne parviens pas à t’attraper. “

Pourtant, instinctivement, les doigts de l’enfant viennent caresser sa peau encore marquée des fers qu’elle a si longtemps porté.
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Mer 7 Déc - 22:47

Et là, déception.
Elle était pourtant sûre... Se serait-elle trompée ?
Mais oui, c'est elle, là, devant, avec ses yeux peu communs. Avec sa hargne masquée sous cette gangue de douceur. La manière dont elle occupe l'espace, la façon qu'a l'Air de l'enceindre, puis de la relâcher. L'Azdyor, alors, fait la lumière, comme le vide, dans son esprit. Elle était jeune, oui, certes, plus jeune, mais un voyage en Naäskyr, ça ne s'oubliait pas comme cela ! Peut-être que lui raconter... Non ! C'est encore plus absurde. Peut-être qu'elle feint l'ignorance alors ?
Mais on ne peut feindre un tel air consterné.

"- On ne se connait pas, mais l'on s'est croisées, petite ! expire-t-elle dans un sourire forcée. Tu étais encore une enfant - certes comme aujourd'hui, mais moins, enfin, tu comprends... Son discours s'embrouille rarement ; elle fronce les sourcils, secoue légèrement sa tête, puis la relève, puis la penche, enchaînant quelques mous songeuses. Tu étais enchaînée. Destinée à la prêtrise. Oui, tu sais, les prêtresses, le désert, dans les temples de nos Dieux et... L'Elyakie soupire, lève la tête pour elle-même. Elle raconte à une enfant sa propre vie. Tu dois savoir cela, en principe. Tu ne semblais pas, à vrai dire, vraiment incline à adopter cette condition. Tu te débattais. C'est absurde, réellement, elle en a conscience ; mais peu à peu l'aisance vient. Et ! Pour une raison que j'ignore, tu n'es pas prêtresse actuellement, à ce que je vois. A l'époque déjà - cela doit faire quelques années, la puissance de ton chamanisme, à la manière d'un diamant brut, tout à façonner, m'avait interpelée. T'en souviens-tu désormais ?

L'Elyakie se met à songer. Puis, son regard faussement confus se porte sur les objets volés. La jeune fille s'amuse-elle incessamment à subtiliser les biens de leur propriétaire, afin de leur restituer après coup ? Ozhâlee l'ignore véritablement. Et si elle leur rend, ce n'est pas son problème. Enfin, est-ce son problème ?
Soudain, la chamane sort de sa rêverie furtive aux airs intéressés. Écarquille ses yeux dorés. Franchit, d'un pas aérien et souple, la distance qui éloigne la femme de l'enfant. Et s'exclame, presque choquée de son propre égocentrisme.

-Je ne t'ai même pas demandé ton prénom !
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Mer 11 Jan - 17:33

L'enfant cligne des yeux.
Le vent dans les cieux, comme les paroles de la femme, s'est fait agiter et tourmenter.
L'enfant ne comprend pas.
Elle cligne de nouveau des yeux.

Les mots glissent sur elle comme un tissu sur le vent. Ils la touchent sans l'atteindre, elle les perçoit sans les comprendre. Seuls quelques uns parviennent à percer le voile de son ignorance. Destinée. Débattais. Désert. Une sensation d'inconfort la prend. Sa gorge se noue, sa respiration se bloque. L'enfant recule. Elle étouffe. Ses poignets lui font mal. Des larmes lui montent aux yeux, autant dues à sa sensation de mal-être qu'à celle de son impuissance. Elle secoue la tête, comme si cela pouvait lui permettre de se débarrasser de cette brume étouffante qui se ressert de plus en plus autour de son cœur. Pesante. Lancinante.
L'enfant ferme les yeux.

Enfin, une douce caresse la délivre. Derrière ses paupières, le soleil réapparaît. Le vent retrouve son humeur joueuse et joyeuse, tout comme elle.
La fille du vent observe, fascinée, la femme qui la rejoint d'un bond aérien. Son sourire transcende son visage et efface les émotions passées. Déjà oubliées.

" Oh, comment tu as fait ça ? Toi aussi tu joues avec le vent ? Demande-t-elle enthousiasmée. "

Le sourire de l'enfant s'atténue alors légèrement face à la demande de la femme, et elle incline la tête sur le côté en une expression sincère d'incompréhension.

" Un prénom ? Pour quoi faire ? "

La question, innocente et curieuse, doit sembler bien étrange. Pourtant, cette coutume de nommer à tout va les objets et les personnes étonne plus encore l'enfant. Pourquoi s'attacher à figer l'essence de quelqu'un dans des mots, alors que cette dernière peut changer à tout moment ? Oublient-ils que, derrière l'immuable, se cache toujours l'éphémère ? Oublient-ils que la vie n'est que changement et que, sans changement, nous ne pourrions qu'être figés dans le temps ?
Les yeux de la fille du vent, avides de connaissance, se posent dans le regard de la femme. Sincèrement, elle veut comprendre. Pourquoi réduire ce qui est irréductible ?
Le vent, autour d'elles, semble comme en attente, figé en plein mouvement. Comment l'appeler autrement ?
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Mer 18 Jan - 18:49

La petite lui rappelle sa propre enfance.
Avec ses grands yeux écarquillés, tantôt larmoyants, tantôt emplis d'étincelles ; tantôt tournés vers le ciel, ou même ternis par les ans. Les traits de son visage, la finesse adulescente de son esprit : le contraste déséquilibré qui, avec subtilité, dépose son empreinte dans le corps et la raison. Car, au-delà de ce petit corps d'enfant, il y a quelque chose d'enfoui, au propre ou au figuré ; un quelque chose d'enfoui qui faitqu'on laisse une jeune fille seule, courant sur les toits.
Que fait-elle donc là ?

Elle écoute avec attention les quelques mots de la petite chamane, ses questions, qui s'enchaînent, et auxquelles elle ne répond pas de suite. Au lieu de ça, elle entreprend de faire les cent pas, réfléchissant, retournant les mots, les faisant se fléchir sous sa pensée. Elle observe les toits plats, aux pointes colorées, le regard lointain ; ocre, terre brûlée, or et cuivré. Le sable, comme une entité vivante, se heurte aux murs, bifurque dans une autre rue, jusqu'à envahir toute la ville basse et envier les hauteurs qu'il n'atteint pas. D'un coup, clignant les yeux, elle reporte son attention sur la fillette, un air un peu perdu sur le visage.

"Des noms, des prénoms. Toi-même tu appelles le vent, le vent, comment ferais-tu, si on ne l'appelait pas ? Tu me le montrerais du doigt ? Elle rit. Cela sert d'abord à cela, simplifier quelque chose, mettre son essence dans quatre lettres, et dire "Tiens, cela est cela." Bien que le vent se décline en de multiples facettes. Une moue simiesque sur le visage, elle reprend : Chaque nom ne retranscrit pas parfaitement la complexité et toutes les nuances de chaque élément, mais il convient de lui en donner un, sinon, l'esprit humain est perdu. Il ne sait plus différencier l'or de l'argent, ne sait plus le faire comprendre à l'autre. Et, de plus, ces sonorités que tu assembles pour former un mot, un nom, sont capables d'évolution. Si le nom se multiplie, tu deviens célèbre. S'il est prononcé avec crainte et déférence, tu es respecté. S'il n'est pas prononcé du tout, ou qu'il n'y en a pas, la chose n'a alors, pour les esprits simples, pas d'existence. "

Elle hausse les épaules, riant.

"Pour répondre à ton autre question, oui, comme toi, je joue avec le vent. Elle plonge ses paumes, couvertes d'arabesques et de runes étranges, en avant, sous le regard de la fillette. Nous sommes des chamanes, des personnes qui, dirait-on, sont aimées du vent. Oh bien sûr, il existe des chamans de feu, d'eau, de terre mais... nous, nous sommes, tout au long de notre existence, aidées par le vent, où qu'il soit, un peu comme un ami qu'on ne voit jamais, qui est là quand on en a besoin, et qu'il ne vaut mieux pas vexer. Tu comprends ? Elle-même pose son regard sur ses mains. Pour conserver son affection, rien de plus simple : parle-lui, n'abuse pas de lui et prends soin de lui comme tu le ferais avec n'importe quel camarade. Il s'agit d'être en communion avec lui, de le faire ployer, mais d'un commun accord, où lui aussi trouverait son intérêt. Les plus grands magiciens de notre ère s'emploient à se fondre dans la nature, et à lui renouveler sans cesse leurs louanges."

Un temps.
Un silence.
Ozhâlee, jouant avec un de ses médaillons, songe, joue avec le vent.
Et écoute l'enfant. L'enfant sans nom.
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Ven 3 Mar - 12:04

Le silence, sur les toits d'Alënor et dans l'esprit de l'enfant, se fait. Tout se tait.
Seul subsiste le courant aérien, sifflement cristallin et quelque peu taquin qui soulève les mèches volatiles des deux jeunes filles.
La fille du vent sourit.

Sous ses yeux attentifs, la chamane aux cheveux blancs parcourt de long en large les sommets secrets qui voient leur union célébrée. L'enfant incline la tête, la suit avec curiosité, pose sur elle ses grands yeux intrigués. Entièrement tournée vers elle. Entièrement dédiée aux paroles qu'elle s’apprête à lui livrer.
Tout comme le vent qui semble s’être arrêté.

Et les mots coulent, se déversent dans l’immensité du ciel, caressent l’enfant et dansent autour d’elle. Elle s’immerge en eux et ils s’imprègnent en elle. Devenant un. Le vent est le vent, et tellement plus que cela. Équilibre du complexe et du singulier, l’enfant commence à saisir ce qu’elle ne saisit pas, ce qui lui a toujours échappé. Pourquoi les perd-elle toujours, ces mots qui semblent pourtant si essentiels ? Pourquoi ne parvient-elle jamais à les raccrocher à la réalité ? Ces mots qui la décrivent, elle ne les maîtrise pas. Souvent ils lui échappent, lui glissent entre les doigts. Parfois même elle ne les connaît pas. Et pourtant, pourtant... Cela ne l’empêche pas d’être, au monde et à elle-même. Avant qu’on la nomme fille du vent, n’existait-elle donc pas ?

Le vent qui s’était agité autour d’elle retrouve son calme. Le rire de la chamane ramène l’enfant sur le rivage et celle-ci pose ses yeux ciels sur les mains tendues vers elle. Un sourire béât aux lèvres, elle se perd dans la contemplation des entrelacs finement tracés qu’elle n'ose toucher. C’est quoi ? Veut-elle demander. Mais sa question se perd alors que les mots de la jeune femme accroche son attention. L’enfant secoue la tête. Comment lui dire ce qu’elle ressent ? Comment lui faire comprendre l’immensité infinie que son cœur côtoie à chaque instant qu’elle se fait caresser par le vent ? Comment décrire par de simples mots ce qui dépasse tout entendement ? L’enfant ne sait pas, alors elle se tait et continue de secouer la tête, absorbée par ses pensées.

Éclat de lumière. L’enfant, irrésistiblement attirée, lève les yeux et observe avec curiosité l’amulette manipulée. Les pensées chassées et oubliées.

”Qu’est-ce que c’est ? Demande-t-elle, fascinée, levant les doigts vers elle pour en suivre les traits.


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Ozhâlee Sae'kia
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- Amulettes à l'effigie de ses Dieux ;
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MessageSujet: Re: Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]   Sam 11 Mar - 8:54

L'enfant-adolescente avait un air ébahi. L'Azdyor, tendant l'oreille, s'attendit alors à une foule de questions, plus pointues et plus originales les unes que les autres mais... celle qu'elle reçut était d'une simplicité extraordinaire, en opposition à la singularité exceptionnelle de la fillette. C'est vrai, cela, qu'était-ce donc, cette chose au creux de ses mains ? Ozhâlee baissa le regard, juste sur le visage évanescent et mat, de sa jeune consœur, puis, plus encore, sur ce qu'elle pressait entre ses doigts. Haussement de sourcil. Réflexe habituel et anodin. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle jouait avec l'un de ses quatre médaillons. Patiemment, elle les sortit un à un de sous sa tunique ocre, les examinant tour à tour, puis s'asseyant sur le toit. Elle montra le premier, l'exposant à la lumière d'Olek'tar :

- Ce sont des sortes de pendentif : mes petits trésors, en somme. Puis, plus bas. Chacun a les siens. Celui-là – elle désignait un cercle en bois marbré, cerclé de feuilles dorées, est celui dédié à Waldraïd. Tu connais nos Dieux, je crois ? Peu importe, tu n'as pas besoin de tout connaître en détail ! Le végétal, ici – elle accompagnait ses paroles de quelques gestes, qu'elle espérait délicats, représente le lien de la Déesse des Moissons avec la nature. Puis – Ozhâlee montra un pendentif en forme d'épée courbe, en pierre rouge, gravée d'une phrase, celui-ci est pour Iskar. Un autre encore, avec trois anneaux symbolisant les différentes castes : Hydras. Et enfin... elle brandit comme triomphalement une amulette en corne, allongée, où trois têtes d'animaux se distinguaient clairement : Flammidé, Lungae et Narjana. Celui-là est pour Khâl. Quatre médaillons pour quatre Dieux, qui mènent le peuple Elyakie.

L'Azdyor était convaincue, avec sa petite démonstration, d'avoir accomplie quelque mission religieuse d'une importance cruciale : celle de galvaniser les plus jeunes populations. Cependant, en voyant la fillette, elle se rembrunit. En effet, celle-ci prenait un air de plus en plus mal à l'aise, au fur et à mesure que la conversation progressait. Se mettant en tailleur, elle prit une voix des plus rassurantes, comme des plus joviales :

- Mais passons. Assez parlé de ces babioles ! Peut-être pourrais-tu me montrer ce que tu sais faire, de notre ami le vent ?

Il y avait quelque beauté à voir ce ballet aérien, mais il y en avait plus encore à surplomber entièrement la vie d'Alënor, dans la multitude de ses tâches, de l'orange au carmin, de l'ocre au grenat, en passant par les soieries des autochtones, émeraude, saphir, jade...
Le vent soufflait. Aller, retour. Il respirait.
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Simoun et Sirocco [MdJ oui ; PV Fifi]
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