L'Homme et la Mer [PV Sorenn]

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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 16 Fév - 11:53

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

Nasyl rejeta la tête en arrière, les yeux clos, et inspira profondément. La journée touchait à sa fin. Cette dernière avait été bercée de folie tout le long ; ne laissant aucun répit à la Sentinelle. La jeune femme finit par se redresser, posant un regard las sur les alentours. Des embruns inconnus parvinrent à ses narines. Elle inspira une nouvelle fois, tous ses sens aux aguets. Ici, ses repères s’estompaient. Tout lui était inconnu.

Elle se souvint du voyage initiant cette longue journée. Des ordres avaient été donnés. Nasyl et d’autres Sentinelles devaient se rendre sur la bordure extérieure, là où le désert s’achevait et laissait place à une vaste étendue d’eau salée. Une mission de moindre importance aux détails flous et peu évocateurs. Une mission ennuyante, assommante même. Le quotidien des Sentinelles se résumaient plus souvent à des patrouilles que de véritables combats. Peut-être était-ce la preuve d’une contrée en paix ?

Un son lointain et régulier lui parvenait aux oreilles. Sans doute le ressac des vagues sur la jetée. La jeune femme ne pouvait le certifier cependant.

Comment l’aurait-elle pu elle qui n’avait jamais vu la mer.

Cette dernière pensée l’aiguillonna. Elle s’ébroua, chassant les dernières lueurs de fatigue. Elle n’aurait sans doute pas d’autres occasions avant bien longtemps d’admirer cette fameuse étendue d’eau. On lui avait parlé d’une eau qui s’étendait à perte de vue, animée de reflets joueurs et inconstants. Nasyl n’avait jamais rien vu de tel. Les plus grandes étendues qu’elle n’eut jamais admirées se résumaient aux eaux calmes et paisibles des lacs souterrains.

Alors qu’elle parvenait à hauteur d’une crique, légèrement en surplomb de celle-ci, tous les sens de la jeune femme furent assaillis. Un goût salé et persistant vint agresser ses lèvres et son palais tandis que ses narines se trouvaient prises d’assaut par une odeur plus entêtante encore. Son ouïe se trouvait malmenée par la plainte indomptable et sauvage des vagues s’écrasant et mourant sur la plage en contrebas. Ces dernières malmenaient la digue qui se trouvait plus loin, tentant sans cesse de reprendre leur droit sur cette terre érigée par les hommes.

Nasyl demeura un instant interdite, n’osant esquisser le moindre geste. Elle laissa ses sens s’habituer peu à peu à ce nouvel environnement, faisant fi de toute méfiance et restant ainsi à découvert. Le soleil déclinait à l’horizon mais jouait de ses reflets sur la peau à peine hâlée de la jeune femme. Un sourire rêveur étira ses lèvres. Elle sortait si rarement, profitant de cette chaleur inopinée. Alors, tranquillement, elle quitta cette léthargie pour rejoindre la plage en contrebas. En chemin, elle se délesta de son casque et de ses bottes, les portant sous son bras. D’une démarche paisible, elle enfonça ses pieds nus dans le sable. Ce dernier était encore chaud. La sensation était exquise. Le sourire de Nasyl s’agrandit légèrement. Heureusement que personne n’était ici pour la surprendre. Sa redoutable réputation en prendrait certainement un coup.

Les pieds effleurant l’eau, les genoux resserrés contre sa poitrine et les bras les entourant, Nasyl posa le menton sur ses genoux et admira le déroulement infini de la mer. Elle remettait en cause tous les acquis de la jeune femme, balayant les connaissances et les images qu’elle s’était forgée à son propos. Elle était incomparable. Indescriptible. Elle lui inspirait à la fois un profond sentiment d’ivresse et de tranquillité. Un havre dans lequel, pour un instant seulement, elle oubliait son quotidien. Les yeux clos, un léger sourire étirant ses lèvres, elle appréciait ce fragment de bonheur.

Bercée par le murmure des vagues et la chaleur des rayons du soleil déclinant, Nasyl sombra progressivement dans le sommeil.
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Sorenn
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 23 Fév - 20:24

« À quoi occupes-tu tes journées ? Cette question me hante. Es-tu devenu l'animal que tu penses être ? Erres-tu sans but dans l'océan, remontes-tu les courants chauds d'hiver, ne t'arrêtes-tu que pour assouvir tes besoins primaires ? A quel point as-tu mis de côté ton humanité ? »



Une ombre se faufilant dans les algues géantes, pas une seule n'osa s'accrocher à la masse écailleuse qui les traversait. Aussi calme et silencieux que nage le requin : Sorenn arpentait les océans depuis presque vingt ans. Tout se ressemble, c'est une vérité, il lui était impossible de savoir où précisément il se trouvait. Il s'agissait davantage d'une idée globale, comme un radar, un détecteur... Lorsque le soleil est au zénith vous savez qu'il est entre neuf et dix heure, disons que l'océan à un système semblable. Un courant qui en croise un autre, une différence de température, un animal qu'il ne voit plus, tout cela sont autant d'indicateurs, Sorenn pourtant les lisait instinctivement, il n'aurait pu expliquer pourquoi, ni comment, il parvenait à savoir où il se trouvait, ou encore comment il faisait pour ne pas se perdre. Sans doute car pour se perdre nécessite il faut avoir le luxe d'une destination.
Les journées et nuits de Sorenn pouvaient se résumer à chasser et dormir. Chasser prend du temps, même pour un prédateur. Et ce malgré sa rapidité et son aisance en milieu aquatique. Aussi étrange que ça puisse paraître, le plus simple restait de manger les oiseaux qui osaient rester trop longtemps à la surface de l'eau. Simple ne veut pas dire facile, car si les proies se font rares, les oiseaux, eux, ne sont pas monnaie courante sur l'immensité de la surface de l'océan. Certes, Sorenn avait appris à les chasser, mais la chance était en grande partie ce qui lui permettait de réussir.

C'est donc en quête d'oiseaux qu'il se rapprochait de la côte. Rien d'autre n'aurait pu le faire se rapprocher davantage que la faim. De son humanité, il aura gardé ses caprices : il voulait un oiseau. Là où un animal aurait chassé la première proie, Sorenn, lui, faisait des choix. Une falaise, il lui fallait trouver une falaise, les oiseaux adoraient faire leurs nids dans les cavités qu'elles offraient. Aussi se dirigea-t-il vers une crique, il n'en connaissait pas le nom mais dans un coin de sa tête il savait qu'il n'était pas si loin de sa vie d'avant. Ce n'était là qu'un hasard, une crique, qu'elle eut été là ou ailleurs, ça ne faisait aucune différence, il n'avait vu en cet endroit que l'aspect pratique et n'y associait aucun bagage émotionnel.
Il patienta ainsi, dans l'eau à la fois bleue et trouble. Les reflets du soleil lui octroyaient le camouflage parfait, vue du ciel, il était invisible et c'était bien là son objectif. Il resta ainsi plusieurs heures, le regard rivé vers la surface, sa queue ondulant dans l'eau afin de se maintenir immobile. Puis il frappa.
Des remous, un claquement de nageoire, un piaillement, un peu de sang, le silence. Aussi bref qu'intense, aussi nécessaire que cruel. Il lui en faudrait plusieurs pour assouvir sa faim, mais les oiseaux se méfieraient encore une bonne heure avant d'oser se reposer dans cette zone. Alors Sorenn s'écarta de plusieurs mètres et recommença sa danse macabre. Immobile, patient, déterminé. Au-delà du choix qu'il faisait de se nourrir exclusivement d'oiseaux aujourd'hui, rien ne le rattachait à sa condition d'humain.

Il chassa ainsi une bonne partie de la journée. Presque rassasié, il allait en attraper un autre quand quelque chose changea. A peine perceptible, il n'aurait su dire ce qui l'avait fait changer d'avis. Son regard s'écarta des pattes palmées qui battaient l'eau avec vigueur, là, sur la berge, quelqu'un. Il bougea un bras, aucune réaction, qui que ce soit elle ne semblait pas le voir, son instinct lui criait de s'en aller, et c'est ce qu'il fit. Pourtant, il s'arrêta. Si cette personne ne le voyait pas, il n'avait aucune raison de fuir. Alors il rebroussa chemin et s'approcha, il s'approcha si près qu'il pu discerner plus qu'une silhouette. Un détail le dérangeait.
Il s'approcha encore. Nul doute que les rayons du soleil n'auraient pas l'effet qu'il avait sur la vision des oiseaux avec un mammifère plus évolué. Voir des hommes lui faisait du bien, autant il pouvait se mentir à lui-même et se convaincre qu'il n'avait besoin de personnes, autant il ne se rendait pas compte que juste entrevoir quelqu'un de son espèce lui permettait de ne pas se sentir seul. Sorenn l'observa ainsi quelques minutes, aucun détail ne filtrait, depuis sous l'eau la surface dénaturait tellement ce qui était au-dessus d'elle qu'il lui était impossible de dissocier un humain d'un autre.

Ce qui le poussa à sortir la tête de l'eau reste un mystère. Un sourire que ses dents inhumaine rendirent carnassier illumina son visage grêlé d'écailles. Il s'immergea complètement et s'approcha davantage, regarda de nouveau : elle dormait. Ce constat l'emplit d'une joie malsaine. Sorenn se retrouva comme interdit devant cette occasion... Il observa, scruta son corps et ce qu'il vit le subjugua. Il se surpris à toucher ses propres oreilles en voyant celles de l'humaine qui se tenait sur la berge. Perdu. Ses yeux cherchaient chez elle d'autres similarités, cependant un des oiseaux le repéra. Un cri se transforma en alerte et d'autres le suivirent, informant ainsi les autres oiseaux du danger.
Son regard se détourna, fixant avec surprise les mouettes, réalisant qu'il était resté à découvert plus longtemps qu'il n'aurait dû. Stupéfait. En balayant la berge, ses yeux vitreux croisèrent ceux de l'humaine, paniqué, sa logique se résuma à rester immobile, espérant que ça le rendrait invisible. Oubliant que duper un poisson était plus aisé que d'échapper aux humains.
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 24 Fév - 18:37

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Nasyl se laissait doucement glisser vers le sommeil, l’esprit alangui, bercé par le lent reflux de l’océan. Le soleil déclinait peu à peu, s’apprêtant à lui refuser les derniers rayons qui réchauffaient sa peau d’ivoire. Mais ce fut un vacarme plus brut qui la tira définitivement de sa léthargie. Un frisson éveilla ses muscles mais elle s’intima l’immobilité, d’abord par pure lassitude mais également parce que son instinct le lui dictait. Elle ouvrit les yeux, observant les alentours. Alors, lentement, elle se redressa. Les yeux plissés, elle observait la mer qui lui faisait face. A quelques mètres de la berge, la tête de ce qui semblait être un homme émergeait et l’observer. Il se tenait immobile, n’esquissant pas même un geste malgré le mouvement incessant des vagues.

Se retenant de justesse de pousser un grondement, la jeune femme fronça les sourcils. Une vague irritation l’envahissait, passablement agacée de s’être ainsi faite surprise. Mais la curiosité l’emportait sur le reste. Ses yeux scrutaient et détaillaient sans aucune gêne l’homme qui lui faisait face, toujours figé. Plusieurs détails retenaient son attention. Elle plissa les yeux davantage encore, optant finalement pour un rictus plus sauvage qu’elle ne l’aurait voulu. Nasyl avait parfaitement conscience de la férocité de ses attitudes, elle savait à quel point elle pouvait se montrer terrifiante, effrayante pour ses pairs. Malheureusement, il n’était pas toujours aisé de se constituer une allure avenante ; surtout lorsqu’on se trouvait pris à défaut. Les vieilles habitudes finissent toujours par prendre le dessus.

Les mâchoires crispées, le corps tendu, elle n’osait pas plus que l’homme en face esquisser un geste. Le temps s’était suspendu. Il lui semblait même que la moindre parole risquait de briser irrémédiablement cet instant. Qui était-il ? D’où venait-il ? Autant de questions à laquelle elle ne pouvait fournir de réponse. Elle avait conscience de faire face à une créature unique. Complètement différente de toutes celles qu’elle avait un jour croisées. Pourtant, intimement, elle se sentait bien plus proche d’elle qu’elle ne voulait l’admettre. Nasyl inspirait lentement, minimisant jusqu’à sa respiration. Elle passa les bras lentement le long de ses jambes recroquevillées contre elle ; sans jamais briser le contact oculaire.

- Qui es-tu ? Finit-elle par articuler, la voix rauque et hésitante, dévoilant par la même occasion des canines effilées.
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Sorenn
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Jeu 25 Fév - 1:58

Ces simples mots le firent tressaillir. Il resta là, à goûter en silence ce qu'elle venait de dire, et il était bien incapable de lui répondre. Il savait qui il était : il était Sorenn, il avait vécu dans un village, et puis il était parti. Son histoire était si courte qu'une honte immense le submergea. Il n'était rien, une goutte d'eau dans l'océan, une feuille tombante en automne. Cependant, un sourire en entraînant un autre, il se surprit à le lui rendre. Sorenn remarqua ses dents, il les estima semblable aux siennes bien que leur profil effilé n'avait rien à voir avec l'épaisseur osseuse et l'aspect lourd qu'avait sa propre dentition. A défaut de trouver des similarités, il la jugea hors du commun, ce qui en soi le fit se sentir plus proche d'elle que de n'importe qui d'autre.
Ils se fixaient. Un coup de vent le força à cligner des yeux, rabattant un voile opaque sur son iris sans même que ses paupières n'aient à bouger, comme l'aurait fait l'œil d'un crocodile. Sorenn était hébété. Pourquoi restait-il ? Il devait partir. Il aurait dû partir. Il aurait aimé pouvoir savoir ce qui se passait dans sa tête, ce dont elle avait besoin, mais aussi étrange et diverse eusse été sa magie il dû se rendre à l'évidence : il ne comprendrait jamais les gens de son espèce. "Sorenn", pensa-t-il. Même si cette réponse n'aurait en rien répondu à la question de son interlocutrice qui voulait sans doute plus savoir ce à quoi à l'avait affaire plutôt qu'à la nommer. Il chuchota quelque chose, bien conscient que les vagues engloutiraient ses paroles, puis s'enquit de se faire entendre :

̶  « ... O--, il s'arrêta brusquement, surpris par le timbre de sa propre voix. Elle était enrouée, fatiguée, salie par des gargouillis et des râles qui déformaient ses mots. Orr, répéta-t-il, mais il était lui-même incapable de différencier ce qui relevait du lexical de ce qui était guttural. O, dit-il plus fort, conscient que c'était bien là l'unique syllabe qu'il parviendrait à articuler en dehors de l'eau. O. »

Plus de quinze années qui n'avait pas utilisé sa voix. Il parlait souvent, certes, à lui-même, entre-deux partie de chasse, mais sous l'eau tous les sons des humains se ressemblent. Il avait conscience de passer pour un simple d'esprit, peut-être même une bête arriérée au corps d'homme. Il se ridiculisait, sa nageoire battante frissonna, il lui sembla bien qu'elle l'avait rapproché de quelques mètres sans qu'il n'ait pu la contrôler. Comme un poisson attiré par le leurre luisant d'un autre, il s'avançait de façon presque imperceptible. Il ne s'arrêta que lorsque sa nageoire sembla frôler le sable. Il était si proche, plus proche qu'il ne l'avait été de quelqu'un depuis des années... Il avait l'impression de la connaître, tout en étant certain de ne l'avoir jamais rencontrée.
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 1 Mar - 9:13

Dans le déroulement infini de sa lame,

Il ne bougeait toujours pas, n’esquissait aucun geste, et resta là à dériver parmi les flots. Nasyl étendit lentement ses jambes, enfonçant la pointe de ses orteils dans le sable humide. Là où es vagues venaient s’échouer. L’eau était délicieusement fraiche. Bientôt, avec la lumière déclinante, elle deviendrait sans doute trop froide pour la jeune femme. Un sourire apaisé flottait sur les lèvres de la Sentinelle. Elle ne semblait pas inquiète par la présence étrangère, à quelques mètres de là. Ses demeuraient cependant en alerte. Mais son instinct prédateur, lui, semblait s’être assoupi.

Nasyl haussa un sourcil, surprise, lorsque la créature se mit à cligner des yeux. Si l’on pouvait nommer ce qu’il venait de faire de la sorte. L’espace d’une seconde, un voile opaque avait couvert ses sombres iris sans même que ses paupières ne tressaillent. La jeune femme plissa les yeux, plus intriguée qu’alertée. Et, après quelques secondes de silence, alors même que Nasyl se demandait si elle avait été comprise, la créature se mit à parler. Du moins, s’y tenta. Un son, unique, une syllabe même, parvint à ses oreilles. La jeune femme esquissa un sourire, haussant les épaules.

- Bien, plutôt concis pour un nom mais pratique à prononcer.

Un éclair malicieux dansait dans son regard. En cet instant, toute méfiance semblait s’être évaporée. Nasyl semblait plutôt emportée par un élan de curiosité à dire vrai. Et cet état d’âme lui plaisait, ne relevant aucune inquiétude à cette idée. Etrange.

- Orr.

Elle répéta ce que la voix gutturale et hésitant avait prononcé, s’imprégnant de ce nom pour le moins insolite. La créature s’approcha lentement, se laissant dériver par les vagues qui mourraient sur la plage et se figea à quelques mètres d’elle. Nasyl eu alors davantage le loisir de l’observer, d’abord timidement, puis, voyant qu’elle faisait de même, avec plus d’intensité. Beaucoup de détails la ramenaient à l’espèce humaine, beaucoup trop même. Un homme, il ressemblait à un homme. Dès lors, Nasyl annota cette information dans son esprit.

- Moi c’est Nasyl.

Elle plissa les yeux, invitant ses pupilles à s’adapter à la pénombre grandissante. Ses dernières, fendues, captaient la lumière avec plus d’intensité que celle de ses semblables. Nasyl esquissa un sourire qui se voulait rassurant, veillant à ne pas trop dévoiler sa dentition carnassière. Cette dernière avait tendance à rendre ses sourires plus féroces qu’elle ne le souhaitait. La jeune femme pouvait presque palper la tension qui animait Orr alors qu’il se tenait si près d’elle. Elle n’osait esquisser un geste. Elle avait l’impression qu’il pouvait lui échapper à tout moment, disparaître définitivement.

- D’où viens-tu ?
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Sorenn
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 15 Mar - 3:36

La remarque de sa nouvelle rencontre le fit sourire. Un sourire venu du cœur, de ceux que l'on esquisse presque dans une toux, un rire, presque un rire. Sa réaction l'avait surpris, les gestes d'affection, aussi volatiles et simples eussent-ils pu être, le ramenaient à une vie dont il avait oublié les joies. Ses yeux se plissèrent et, l'espace d'un instant, laissèrent leur humanité éclater au grand jour. Et puis d'un coup il se ravisa et cacha de ses lèvres visqueuses les plaques osseuses qui lui servaient de dents.
Sorenn ne savait quoi penser. Le pensait-elle fruit des entrailles de la mer ? Le croyait-elle bête mystique des profondeurs ? Ou voyait-elle en lui l'homme qui se cachait derrière cet aspect immonde ? Voulait-il être reconnu comme tel ? Un homme... Tout le rapprochait tellement plus d'elle, il ne se rappelait pas avoir partagé autant avec quelqu'un, ou en tout cas rien de comparable.

Toutefois, là où il n'avait jamais eu l'impression de devoir faire des choix, il s'y voyait confronté : devait-il s'en aller, ou devait-il rester ? Cette sensation lui rappela avec amertume son départ de son village. Comprendrait-elle ? Lui qui ne parvenait qu'à articuler un pauvre "O", incapable de prononcer son propre nom. Elle lui avait tout donné, mais elle lui avait aussi pris l'essentiel. Il ne s'aventura pas à tenter de prononcer le mot Nasyl, au fond de lui, Sorenn savait que la personne qu'il venait de rencontrer ne pardonnerait aucun affront, et sans doute pas celui d'avoir écorché son nom. Les étrangers n'ont pas d'indulgence, du moins le pensait-il.
A sa question, il regarda derrière lui, l'horizon, le soleil se couchait et d'ici quelques heures la mer le reprendrait. Elle le reprendrait, comme elle le reprenait toujours. Cette rencontre l'avait reliée à son humanité, cela faisait des années qu'il s'était laissé porté. Il chassait, mangeait... Parfois une brève apparition de sa conscience lui intimait un caprice, qu'il suivait comme un chien suivrait l'odeur d'une viande en train de cuir. Cette vie lui plaisait sans le satisfaire. Sorenn toisa son corps, il se trouvait repoussant, bien sûr ce n'était pas une nouveauté. Puis il redressa son regard sur le visage de "Nasyl" et une évidence lui souleva le cœur d'émotions : elle n'avait pas peur. Ou tout du moins ne le montrait pas. Mieux, il n'avait aucunement l'impression d'être jugé et, malgré le fait qu'il eût été à découvert et figé devant elle, il ne se sentait ni menacé, ni vulnérable et ce d'aucune façon.
Elle aurait dû être effrayée. Impressionnée. Quelque chose, elle aurait dû être quelque chose, et une voix lui chuchotait que tout cela n'était pas normal.

Ce qu'il y a de frustrant avec les miracles, c'est la limite de leur portée. Elle était si proche, si loin, inaccessible, il aurait pu tendre la main, l'intimer de se rapprocher de lui, mais ç'aurait été lui ordonner... Car lorsqu'une situation ne permet plus de s'accrocher à quoi que ce soit, il arrive souvent qu'on ne fasse que lui obéir, et qui était-il pour bouleverser le monde de quelqu'un d'autre que le sien. Il esquissa un mouvement de retraite, il se sentait assailli, et ce n'était pas par les vagues qui lui éclaboussaient le dos, mais par quelqu'un de bien plus sournois : lui-même.
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Lun 21 Mar - 21:18

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Un sourire pour ultime réponse. Timide, hésitant même. Les prémices d’une conversation qui ne pouvait aboutir. En cet instant, Nasyl en avait cruellement conscience. Un appel qui résonnait aux frontière de celle-ci et la tiraillait. Les sourcils légèrement froncés, la jeune femme semblait souffrir bien qu’elle fut incapable de mettre le doigt sur le malaise qui s’emparait d’elle. Les rayons du soleil se faisaient plus timides à mesure que celui-ci déclinait ; découpant avec plus de netteté la silhouette de celui qui se faisait appeler Orr. Plissant les yeux pour mieux le distinguer, elle se pencha légèrement en avant comme appelée par la détresse qu’elle lisait dans son regard.

Alors un roulement silencieux se profila à quelques mètres de l’inconnu. Il gonflait à mesure qu’il approchait, annonçant une vague certainement plus imposante que ses congénères. Les doigts de Nasyl s’enfoncèrent dans le sable tandis qu’elle ouvrait la bouche pour prévenir Orr. Elle se surprit à ne pouvoir prononcer un seul mot. Une boule douloureuse s’était formée dans sa gorge, la coupant momentanément du don de parole. Une hésitation malheureuse. Elle écarquilla les yeux tandis que la vague se faisait plus menaçante et se releva d’un bond. Elle aperçut Orr se retourner à demi avant que celle-ci ne l’engloutisse dans un grondement sourd tandis qu’elle venait se fracasser sur les hautfonds de la plage.

Interdite, Nasyl l’observa déferler à ses pieds, ignorant la force qui la poussait à reculer. Ses yeux scrutaient l’horizon, à l’endroit même où s’était trouvé Orr. Elle ne trouvait plus aucune trace de lui. Seulement l’écume bouillonnante de la mer qui commençait à s’agiter, prémices sans doute d’une tempête en devenir. A cette idée, Nasyl tourna la tête vers l’Est et fut surprise d’y deviner de lourds nuages qui roulaient avec flegme sur l’horizon marin. Un frisson la saisit et elle croisa les bras sur sa poitrine, frictonniant vivement la peau nue de ses bras. Ses yeux ne quittaient toujours pas l’horizon qui s’assombrissait plus vite que le soleil ne disparaissait, encouragé par l’approche de la tempête.

Un douloureux sentiment de perte commençait à poindre tandis qu’elle retrouvait enfin l’usage de la parole. Sa voix était faible, vibrante même. Elle appela à plusieurs reprises celui qui s’était fait appeler Orr. Sans réponse. Il semblait s’être volatilisé. Nasyl resta un moment ainsi, dans l’attente du moindre signe. Le vent se levait, agitant de plus en plus vivement ses cheveux. Elle ramena une mèche derrière son oreille. Ses doigts s’attardèrent sur le profil effilé de celle-ci ; réalisant alors qu’elle ne portait plus son casque. Elle baissa les yeux, un sourire triste peint sur les lèvres puis le ramassa.

Nasyl eu un dernier regard en arrière avant de faire volte-face, son casque sous le bras tandis qu’elle remontait vers le chemin qui la ramenait vers les autres Sentinelles. A mesure qu’elle s’éloignait de la plage, elle avait l’étrange sensation d’avoir rêvé cette rencontre. Les images s’estompaient peu à peu, rendant la silhouette de cet étrange homme plus confuse encore. La logique refaisait progressivement surface, plongeant dans la confusion puis l’oubli ce qu’elle ne pouvait expliquer.

*
**

Nasyl se souvint de la première fois qu’elle était venue contempler la mer. Elle ne saurait situer exactement l’instant mais le souvenir était encore vivace. Il se mêlait à un étrange mélange de fascination et de déception. Un sourire fugace vint étirer les lèvres de la jeune femme. Elle observa un instant ses compagnons, cherchant à deviner s’ils l’avaient aperçu. Nasyl avait pour réputation d’être une créature froide et fermée. Les uniques sourires qui venaient se peindre sur ses lèvres prenaient davantage des allures féroces qu’amusées ou enjouées.

Alors que la journée se terminait et que chacun échafaudaient les plans de la soirée à venir, Nasyl songea un instant à remonter vers les quartiers qui les attendaient. Ils logeaient parmi une dépendance des gardes locaux ayant été envoyé en mission vers le littoral pour quelques jours. Il s’agissait de contrôler la cargaison d’un navire qui avait accosté deux jours plus tôt. La tâche en elle-même n’était guère passionnante. Nasyl devait principalement superviser les fouilles et tenir les registres. Les Sentinelles sous sa responsabilité effectuaient leurs propres tâches avec détachement et ennui. Pourtant, chacun d’eux s’était portés volontaires pour cette mission. Et la raison de cette motivation était presque unanime : le dépaysement. Peu de natifs d’Hydras pouvaient se vanter d’avoir contemplé la mer, encore moins d’avoir profité de ses charmes. C’était donc là une opportunité précieuse pour chacun des hommes qui formaient le détachement de Sentinelle.

Ces derniers étaient déjà partis vaquer à leurs occupations nocturnes, laissant la jeune femme seule dans la pièce commune de leurs quartiers. Ses yeux firent le tour de la pièce. Rien n’accrocha son attention. D’ordinaire, Nasyl se serait contentée de monter dans la chambre qu’on lui avait allouée. Unique femme du détachement, elle jouissait de ce privilège. Elle se serait sans doute abimée dans l’étude d’un livre, à la recherche d’informations sur la magie qui était son fardeau. Pourtant, l’idée même de se réfugier dans sa chambre ne l’attirait pas. La jeune femme plissa les yeux et s’obligea à une introspection, recherchant la cause de son trouble.

Elle ferma les yeux un instant, laissant ressurgir les souvenirs qui s’accumulaient à la frontière de son esprit. Un était plus vivace que les autres. Un nom se dessina sur ses lèvres.

Orr.

Une syllabe même. Nasyl rouvrit les yeux. Elle souriait de nouveau. Alors, tranquillement, elle se dirigea vers la porte de sortie. La vive lumière de fin de journée l’aveugla un instant. Elle referma la porte derrière elle et marqua une pause pour mieux contempler l’horizon. L’idée de retrouver cette plage la taraudait. Elle l’avait trouvée par hasard et avait même manqué de se perdre sur le chemin du retour. Pourtant, en cet instant, elle avait l’intime conviction qu’elle le retrouverait sans peine. Alors, tranquillement, elle se laissa guider.
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Sorenn
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 6 Avr - 7:47

C'aurait été mentir que d'affirmer qui n'avait pas senti la mer s'outrer de sa rencontre. Jalouse, ô si jalouse, elle grondait si fort que même le vent en devenait muet. Sorenn ne l'écoutait plus, il se laissait bercer sans pour autant écouter sa mélodie. Il était devenu l'enfant qui se refusait de dormir à l'heure de la sieste, il résistait mollement à son appel sans pour autant pouvoir le combattre. Elle était si forte, si grande, et lui si insignifiant, et puis elle ravala une vague comme un homme malade se racle la gorge et le rappela. Ce fut simple, facile, aisé, plus qu'elle ne l'avait prévu, il se laissa emporter, non sans donner deux ou trois coups de nageoires pour s'éloigner de lui-même. Nasyl, cette rencontre resterait à jamais dans sa mémoire, d'autant plus qu'il lui paraissait improbable qu'elle se reproduisît un jour.
Pourquoi avait-il fuit ? Il aimait à croire que c'était la mer qui l'avait voulu auprès d'elle. Force est de constater qu'il s'en servait de prétexte.  Il espérait que sa nouvelle rencontre ne garderait de lui qu'un souvenir joyeux, ce qui était ironique compte tenu de l'immense désarrois qui s'empara de lui au moment où cette pensée lui traversa l'esprit. Il était venu le temps pour Sorenn de reprendre son rôle, le métier d'être invisible était plus difficile qu'il n'y paraissait.

Cette rencontre ne fut pas sans conséquences. Des conséquences désastreuses : sa mémoire revenait. Aussi brève avait-elle pu être, la présence de Nasyl avait éveillé quelque chose en lui. Lentement il se mettait à remonter à la surface, il ne se contentait plus de chasser, il pensait, réfléchissait, il se rappelait. Les gens pensent sans s'en rendre compte, ils prennent ça pour acquis, Sorenn, lui, redécouvrait les joies de ne plus avoir à obéir à une nature qu'il avait depuis trop longtemps embrassé.


***

Il était revenu souvent dans le vain espoir de la revoir. Il refusait l'idée de l'abandonner et pourtant il savait que rien ne la ramènerait. Cette plage était devenu une tombe, il s'y recueillait, de loin, il n'osait pas se rapprocher. Parfois lorsqu'un oiseau esquissait un mouvement près du sol, son regard s'affolait, espérant y découvrir une silhouette humaine, puis il retombait de plus belle dans une contemplation monotone.
Sa fascination pour cet endroit s'estompa peu à peu. Il y venait, par habitude plus que par envie. Le nom de Nasyl et les sensations qui y étaient associées étaient encore vivaces, pourtant le visage de sa rencontre s'était voilé. S'inquiète de l'impermanence des choses était un luxe qu'il osait s'offrir et bien que la mer le grondait de ces visites ponctuelles, il regardait avec un intérêt particulier le rivage comme si, encore une fois il allait essayer de défier son autorité.

Étrangement le temps lui était paru long, lui qui n'était jusqu'à présent que mu que par des désirs sauvages et ne répondait qu'à des stimuli primitifs, avaient fait un bond dans l'évolution. Et sa première découverte fut la patience. Autant rester immobile pendant des heures lui avait paru aisé, autant désormais il lui fallait se concentrer pour y parvenir. Sa vie s'en retrouvait chamboulée : il s'ennuyait, s'impatientait, tournait en rond. Si ses pensées avaient été une cargaison et ses actions le port où elle devait être emmenée, alors il venait de découvrir ce qu'était un pirate. Ses décisions se voyaient parasitées, sa cargaison, parfois, n'atteignait jamais le port. Et qui blâmer ?
Il blâma Nasyl. C'était de sa faute. Et plus que d'en tirer une colère stérile, il la transforma en force, il s'y raccrocha : la revoir le soignerait. C'était le côté éphémère de la rencontre qui l'avait mystifiée.
Et puis ce jour arriva.
Elle approchait, savait-elle qu'elle était attendue ? Sorenn n'avait pas une once de psychologie pour l'aider à deviner ce qui avait pu motiver Nasyl à revenir ici. Pourtant elle l'avait fait. Ce matin, il avait senti que cette journée serait différente, certes sans savoir ce qui avait changé. Peut-être n'était-ce que la sensation que l'on à la fin de l'automne, un signe que l'on ne voit pas mais que notre corps interprète. Hélas la beauté de cette réflexion lui échappait complètement et il restait là, déjà en dehors de l'eau à la regarder s'approcher : « Nasyl. » chuchota-t-il, espérant que le vent marin eût balayé ce mot jusqu'à elle.

Sans relâche il avait répété son nom pour pouvoir le prononcer. Un mot en entraînant un autre, comme un engrenage tout s'était mis à lui revenir. Sa propre voix lui paraissait étrangère et il lui était bien impossible de savoir si celle-ci avait changé avec les années. Malgré ses branchies, ses yeux fendus, ses paupières étranges, ses piques hirsutes et sa peau grêlée : elle était revenue. Rien que ça, cette rencontre représentait l'espoir qu'il avait perdu depuis longtemps.
Lorsqu'elle se retrouva presque à son niveau, Sorenn se rapprocha de la plage, il n'avait plus peur. Peut-être avait-il tort, oui, peut-être qu'il ne s'agissait que d'un piège, mais encore là comment pouvait-il s'en douter ?... Il l'approcha, plus prêt encore que la dernière fois, s'allongeant sur le sable car la profondeur de l'eau ne lui permettait plus d'être droit. Ni sur la berge, ni dans la mer, il s'apprêtait à rompre presque deux décennies de solitude.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 6 Avr - 9:10

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Le chemin jusqu’au rivage se déroula sous ses pieds sans qu’elle n’en ait vraiment eu conscience. Il semblait s’offrir à elle, tout aussi naturellement qu’elle avait pensé le trouver. La mémoire est une mécanique formidable et bien difficile à interpréter. Durant tout le trajet la jeune femme s’était contentée de laisser dériver son regard rêveur sur les alentours. Ses pensées s’étiolaient et perdaient consistance. Elles semblaient si futiles.

Lorsque ses pieds rencontrèrent la surface granuleuse et souple du sable, elle marqua un arrêt. Nasyl ôta rapidement ses bottes et apprécia le contact du sable contre sa peau. Un sourire dansait sur ses lèvres, léger et insaisissable. Un frisson la parcourut. Elle reporta vivement son regard sur l’horizon, persuadée que l’origine de son pressentiment s’y trouvait. Parmi les vagues, il lui semblait distinguer une ombre. Elle plissa les yeux pour distinguer la silhouette qui se détachait de la houle. Ses pieds avaient repris leur lente progression. A mesure qu’elle approchait, elle accélérait l’allure sans même en prendre réellement conscience.

Ses yeux ne quittèrent pas un instant la silhouette. Ils s’attardaient même sur certain détails. Un sourire plus franc étira les lèvres de la jeune femme lorsqu’elle fut presque à son hauteur. Il ne pouvait que s’agir d’Orr. Ce dernier s’était approché suffisamment de la plage pour qu’une bonne partie ne soit plus dissimulée par l’eau. Nasyl le contempla un instant, interdite. Ses yeux examinèrent les reliefs de son épine dorsale, détaillèrent l’aspect de sa peau et les nuances qui s’y jouaient. Si elle avait un instant pensé qu’Orr pouvait lui être familier, ressemblant même, à présent elle prenait pleinement conscience de ses particularités. Et elle en était que plus fascinée. La méfiance et le doute qui étaient pourtant une part intégrante de la jeune femme s'étaient, quant à eux, volatilisés à mesure qu'elle se rapprochait de la rive.

Lentement, elle s’accroupit. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre. Presque assez pour se toucher, pour déchirer la frontière qui séparait leurs univers respectifs. Son sourire dévoila davantage les canines acérées qui lui conféraient d’ordinaire un air si féroce. Cette fois-ci, pourtant, il en irradiait une joie sincère. Elle posa une main au sol, appréciant la chaleur du sable contre sa paume. La tête légèrement penchée sur le côté, elle continuait de l’observer.

- Tu es revenu alors…

Les mots lui semblaient si superflus. Incomplets, même, pour exprimer le flot d’émotion qui s’emparait d’elle. Contradictoires et complémentaires, elles s’entrechoquaient violemment et ne laissaient place qu’à une puissante confusion. Nasyl secoua légèrement la tête, déroutée par le chaos qui prenait place dans son esprit. Ses pensées commençaient à s’embrouiller, lui interdisant de prononcer la moindre parole cohérente. Elle ferma les yeux un instant et inspira profondément. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, ceux-ci vinrent s’abîmer dans les tréfonds du regard d’Orr.

- Tu te souviens de moi ?

Sa voix vibrait, chargée d’émotions.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 19 Avr - 18:39

Qu'était-il pour elle ? Il avait si longtemps été à part que la possibilité même de ressembler à quoi que ce soi lui paraissait impossible. Ni homme, ni animal, pas même un poisson bien qu'il eût parfois l'envie d'en être un. A part, toujours entre deux, jamais dans un camp plus que dans l'autre. Cette tourmente qui était apparue en même temps que la découverte de Nasyl, s'était estompée avec leurs retrouvailles. Sorenn n'était plus lui-même, ou peut-être que si, peut-être qu'il était tout simplement redevenu celui qu'il était avant que le monstre ne le remplace. Sa patience avait payé, las de l'être pour chasser il avait décidé de s'engager dans une lutte fortuite et instable. Il lui rendit son sourire, bien sûr qu'il était revenu, il aurait pu lui retourner la question... Sorenn resta cependant silencieux, observateur. Autant il avait eu l'impression qu'ils étaient similaires, autant maintenant il sentait que tout les différenciait. Sans doute était-ce car Sorenn n'avait pas vu son reflet direct depuis des lustres, aussi avait-il une vision biaisée de sa propre apparence, mais non, ils n'avaient rien en commun. Elle était étrange, certes, mais pas plus étrange que lui, il y avait tellement plus que cette apparence... Son sourire s'effaça peu à peu comme le brouillard dévore les silhouettes. Il continuait de la fixer, fasciné, et lorsqu'elle ferma les yeux, il s'autorisa à la scruter davantage comme aucun homme n'aurait osé regarder une femme. Mais là encore, correspondaient-ils à ces archétypes ?... Il hocha la tête en guise de réponse :

« Oui. »

Sa voix était claire, presque monocorde. Et pourtant derrière ce mot simple se cachait une profonde joie. Oui, il était revenu. Oui, il se souvenait d'elle. Oui. Puis il réalisa que c'était à son tour de parler, cette situation lui était difficile et ce bien qu'il ait passé les derniers mois à parler seul pour s'entraîner. Et si ça n'avait pas suffit ? Et si ce que lui passait audible n'était qu'un agrégat de mots et de sons sans queue ni tête... Et si... Non, il voyait dans les yeux de Nasyl que ce qu'il disait était compréhensible :

« J'ai peur. trancha-t-il »

Le fait est qu'il avait toujours eu peur. Des rares souvenirs que lui avait laissé la mer, il y avait bien celui-là. Peur de la surface, une peur immodérée et compulsive. Néanmoins il était là, à moitié sur la berge, et au fond de lui il savait, oui, il savait qu'il pouvait rejoindre Nasyl, mais encore une fois la peur de souffrir dressait devant lui un mur infranchissable. Il se sentait comme ombre et lumière, lui caché dans les tréfonds, elle brillante dans le ciel, sans savoir à quel point il se trompait : elle était sa lumière et elle nourrissait l'espoir interdit d'un jour revenir parmi les siens.
La mer gronda. Et Sorenn lui intima de se taire, ce qu'elle ne fit pas, il n'avait pas encore les mots pour le lui dire, il n'était pas prêt à la commander et elle le lui faisait savoir. Que dirait-elle si Nasyl osait la pénétrer ? Il n'osait y songer... Peut-être l'engloutirait-elle comme elle l'avait englouti lui. Et aussi satisfait eut-il été, il ne souhaitait en aucun cas que ça arrive à quelqu'un d'autre. Son égoïsme le poussait à ne la vouloir que pour lui, la mer était à lui, et il était à elle :

« Pourquoi tu es revenue ? »

Bien qu'il eût posé cette question, il n'était pas capable d'y répondre lui-même et s'était lancé dans une réflexion en même temps que Nasyl. Pourquoi étaient-ils revenus ? Ils auraient pu resté ainsi, une rencontre hasardeuse, mystique. Ils auraient pu en rester là, ne jamais se revoir et penser à cet instant comme une période magique de leur existence. Mais non, ils avaient décidé de rompre le charme et de se lancer dans son analyse, quitte à le détruire.
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 20 Avr - 18:44

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

– Oui.

La voix était grave, profonde. Elle lui semblait surgir d’un monde inconnu. Oublié. Un sourire caressa les lèvres de la jeune femme tandis qu’elle s’approchait légèrement. Les vagues mourantes léchaient la peau de ses pieds nus. L’eau était fraîche, vivifiante. Sa température contrastait agréablement avec la chaleur latente du sable. Nasyl ne quittait pas des yeux Orr. Elle le détaillait avec tout autant d’impudeur qu’il le faisait, gravant chaque trait dans sa mémoire. Et, à mesure qu’elle l’observait ainsi, une légère crainte empoignait son cœur. Celle de le voir disparaître de nouveau. Celle de ranger cette rencontre au compte de l’improbable et de l’illusion.

– J'ai peur.

Sage est celui qui reconnaît sa peur. Brave est celui qui la contemple.

Un sourire caressa les lèvres de Nasyl. La peur avait été sa compagne des années durant. Au plus profond des cavernes, elle avait représenté une émotion palpable, tangible. Elle l’avait maintenue en vie. Mais elle avait également appris à la confronter et à lui tenir tête. Jamais plus elle ne la laisserait s’emparer d’elle. Un vieux mantra lui revint alors en tête. Une formule qu’elle s’obstinait à répéter pour repousser au loin la peur.

Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit.

Ses lèvres se mirent à remuer. Mécaniquement.

La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale.

Un murmure aussi léger que le vent s’en échappa.

- J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.

La voix se fit plus sûre, plus ferme.

- Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.

L’image de la mer s’étendant derrière Orr, prête à le dévorer, se fit plus présente. Nasyl fronça les sourcils, momentanément désemparée. Puis l’impression s’évapora.

Rien que moi.

Elle repensa alors à la dernière question qu’il lui avait posée et esquissa un sourire amusé. Elle était bien incapable d’évaluer une explication claire de sa présence. Non seulement parce qu’elle n’était guère adepte de telles introspection, animal spontané et désinvolte, mais également parce qu’elle n’avait jamais appris à mettre des mots sur de tels émotions. Nasyl intériorisait. Rarement plus encore elle se penchait sur celle-ci pour tenter de les comprendre. Elle pencha la tête de côté, les sourcils légèrement froncés ; visiblement pensive.

- Je passais par-là, finit-elle par admettre.

Une explication tronquée, tout juste vraie. C’était pourtant la seule qui lui venait naturellement. La jeune femme poussa un soupir puis, lentement, elle entreprit de s’assoir dans le sable. Ses mains vinrent s’enfoncer dans celui-ci, appréciant sa texture râpeuse. Des grains s’accrochaient sur ses paumes couvertes de cales, prêts à s’incruster parmi celles-ci. Elle les contempla un instant, absorbée à décrire les lignes qui les parcouraient. Son regard revint ensuite sur Orr. Il avait exigé des explications.

- J’avais l’impression d’avoir rêvé cette rencontre. Je voulais en avoir le cœur net.

Elle plissa les yeux, le regard tourné vers l’intérieur. La quiétude s’installait, progressivement. Et, elle l’espérait, elle se révélerait contagieuse. La tension qui animait le corps d’Orr était palpable, menaçant à chaque instant de le rompre.

- Mais je ne rêve pas.

Un nouveau sourire étirait sa lippe. Elle désigna Orr du menton, un brin espiègle.

- Et toi ?
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Sorenn
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Ven 6 Mai - 19:22

Ils se comprenaient. C'était au delà d'un lien commun à ceux qui se rencontrent. Sorenn aurait aimé pouvoir le décrire, cependant les mots lui manquaient, au sens propre du terme. C'était comme si quelque chose d'imperceptible les avait fait se rencontrer. Une force indéfectible que personne ne pouvait arrêter et qui s'évertuait à faire s'exaucer les destins respectifs de chacun.
Il suivit par réflexe les lèvres de Nasyl, un chat qui aurait vu un insecte, il s'efforçait de l'imiter sans toutefois comprendre l'entièreté de ce qu'elle disait... En partie car il était trop absorbé par sa première tâche pour avoir pleinement conscience de la deuxième. Malgré tout Sorenn lui portait une attention particulière, une attention humaine. Sans aller jusqu'à dire qu'il s'était inquiété pour elle, il avait redouté qu'elle ne revînt jamais sur la plage. Alors, quand elle lui avoua être venue parce qu'elle passait par là, ça ne put que le remplir d'une joie immense :

« Les gens fuient. Pas toi. »

Aussi triste sa déclaration eût-elle pu être, il gardait un sourire aussi intrigant que repoussant. Le nombre de contact qu'il avait eu avec les gens de son espèce en plus de quinze ans pouvait être compté sur les doigt d'une main de boucher. Son mode de vie était incompatible avec tout le reste. Les hommes, il les voyait de loin, parfois oubliait même qu'il en avait fait parti. Pourtant en ce moment il se sentait plus homme que jamais et au fond de ses entrailles grondait un mot qu'il avait toujours voulu prononcé de nouveau mais qui le faisait trembler d'effroi.
Le discours de Nasyl sur la peur l'avait rassuré. Peut-être ne saisissait-il pas toute l'ampleur des mantras, peut-être ne savait-il même pas ce qu'une mantra représentait. Pourtant il comprit l'essentiel : elle n'avait pas peur. Et quand bien même lui n'arrivait pas à combattre les siennes, il se dessina une image vaillante de Nasyl, une image qui n'en était que plus forte à mesure qu'il se rappelait l'avoir vue avec un casque lors de leur première rencontre. Des détails lui revenaient... Cela faisait si longtemps qu'il ne s'était plus attardés sur eux qu'il avait dans le ventre la sensation de ceux qui réussissent :

« Je crois... Que je voulais me rappeler. »

Sorenn aurait voulu lui dire davantage. Il aurait aimé pouvoir lui parler des heures, lui raconter son histoire. Mais quelle histoire ? Pour l'instant il ne se rappelait que de vagues souvenirs d'enfance, entrecoupés de parties de chasses et d'évènements qui avaient eu lieu à des moments complètement différents. Sa chronologie était bouleversée, inexacte, intouchable, et pourtant il aurait aimé pouvoir la saisir pour y mettre de l'ordre. Avec Nasyl, il avait cette impression que les choses iraient mieux, il revoyait son village en bordure de désert et se surprenait à vouloir y retourner. Il se coupa, se précipita, le départ de Nasyl lui créait un vide :

« Reviendras-tu ? lança-t-il, inquiet. »

Et pourtant elle n'était pas encore partie. Elle était là, calme, rieuse, presque enjouée, c'était la première fois qu'il rendait quelqu'un aussi heureux avec sa forme actuelle. Alors non, il ne fallait pas qu'elle parte, jamais. Il se refusait d'attendre encore des mois qu'elle revienne sans vraiment savoir si elle comptait le faire. Sans attendre il lui posa une autre question, si la faire parler était le moyen de la garder plus longtemps alors il le ferait... Et étrangement son problème d'élocution se volatilisa, les mots lui vinrent, comme enfouit et d'un seul coup déterrés :

« Les choses ont-elles beaucoup... changées ? »
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 11 Mai - 11:41

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Ses yeux ne cessaient de détailler l’homme qui lui faisait face. Par bien des aspects il se dissociait d’ailleurs à cette appellation. Pourtant, dans son regard et sa façon de se tenir, il demeurait invariablement humain. Un brin sauvage et indomptable, à la manière des créatures solitaires et méfiantes. Dans ses paroles, cependant, résonnaient une innocence poignante. Ces mêmes échos qui nourrissaient les sourires de la jeune femme. Des sourires si rares sur cette lippe aux allures carnassières.

- Je n’ai pas pour habitude de fuir, répondit-elle dans un souffle.

Sans quitter des yeux la silhouette d’Orr, elle s’assit lentement. Les jambes légèrement repliées, elle les enlaça de ses bras pour les resserrer contre sa poitrine. Ses pieds nus s’enfonçaient délicieusement dans le sable. Elle posa enfin son menton sur ses genoux. Un sourire paisible étirait ses lèvres. Les yeux légèrement plissés, elle songeait aux réponses d’Orr. Son regard se mit à dériver sur la mer qui l’encerclait. Calme en cette fin de journée, elle semblait aussi paisible que les deux âmes qui hantaient la côte. L’image de la mer agitée, prête à se déchaînée et du ciel lourd de reproches lui revint en mémoire. Capricieuse et indomptable.

- J’essayerais de revenir. Je ne sais pas, finit-elle par admettre.

Les sourcils froncés, elle semblait sincèrement peinée par son aveu. Nasyl ignorait les missions qui pourraient l’amener à côtoyer de nouveau ces rivages. Attachée à la protection d’Hydras, elle n’avait que très récemment quitté la cité pour ses abords. Si elle avait vécu son intégration parmi les Sentinelles comme un fardeau et une sanction, la jeune femme avait depuis revu son jugement. Elle avait certes délaissé une grande partie de sa liberté mais ses nouvelles fonctions lui avaient également permises d’élargir ses frontières et ses espaces connus. Pour la première fois, Nasyl voyageait.

Son attention revint sur Orr. Elle sentait poindre pour lui une certaine affection. Son innocence, son ignorance également, faisait échos à de lointains souvenirs. Une époque où elle n’avait été qu’une enfant sauvage, meurtrie et délaissée, qui avait dû apprendre, à nouveau, ce que signifiait l’humanité. Nasyl repensa aux dernières questions d’Orr. Elle était bien incapable d’y répondre. Ses questions la laissaient perplexe, indécise. Depuis combien de temps Orr avait-il quitté les siens ? D’où venait-il ? Toutes ces interrogations qu’elle avait jusque-là soigneusement choisi d’ignorer vinrent la percuter brutalement ; la plongeant face à un terrible sentiment de vide. Nasyl grimaça. Elle avala sa salive.

- Difficile de répondre, admit-elle.

Elle lui offrit un sourire triste. Haussant un sourcil, elle se reconstruisit un masque plus serein et confiant.

- De quoi te rappelles-tu ?
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Lun 16 Mai - 6:05

Sorenn, lui, fuyait. C'était son habitude et pourtant la confiance de Nasyl fut contagieuse. Certes, il avait abandonné par le passé, mais pas de ces abandons lâches et résignés. Il s'était décidé, avait fait un choix, l'un des derniers qu'il avait fait à n'en pas douter. Sorenn se consola dans l'idée qu'il n'avait pas fuit, non, il s'était écouté, comme l'artiste hors de son temps : il s'était reclus pour mieux vivre. Toutefois cette perspective n'avait plus les attraits qu'elle pouvait avoir eu par le passé, les couleurs vives s'étaient ternies, l'élan s'était essoufflé et une certaine lassitude avait tracé un chemin jusqu'à son cœur :

« La pluie. »

Il revoyait encore son village. Pourquoi ne pas lui avoir dit qu'il se rappelait son père, sa mère, le verre, le désert... ? Sans doute parce qu'il ne faisait plus confiance à sa mémoire. Mais la pluie, elle, était réelle, il l'avait sentie depuis toujours, et l'image d'un désert se gorgeant d'eau et se couvrant de vert une fois par année était tenace. Son esprit de petit garçon ne l'avait pas oublié. Il fut surpris de s'en remémorer l'odeur, un parfum lourd, désagréable. Aussi vivant eut-été ce souvenir, même Sorenn comprenait que cet indice pouvait être trop vague pour aider dans une quelconque recherche. Il voulait savoir, aussi fit-il un effort monumental pour tenter de séparer le vrai du faux et l'ancien du récent :

« La pluie, répéta-t-il, yeux fermés, l'air songeur, un sourire vaporeux aux bords des lèvres. De la poudre bleue... Le four. Ce maudit tube... »

Un rire absent ponctua son dernier mot. Il se surprit à s'en rappeler avec une précision quasiment chirurgicale. Le bruit de la fournaise qui leur servait à fondre le verre... Le verre. Des éclats de souvenirs lui revinrent de nouveau, tant et si bien qu'il ne semblait plus contrôler le flux de ses pensées. La couleur, la poudre, le verre chauffé que son père roulait, le tube au bout duquel Sorenn devait souffler... Il rouvrit les yeux, avec davantage de questions existentielles que de réponses concrètes :

« Je me rappelle avoir fuit. finit-il par dire, presque accablé par cette triste vérité. Je ne me sens à ma place qu'ici. »

Il avait replongé ses yeux dans ceux intrigués de Nasyl. Ses mots étaient lourd de sens. Les vagues venaient mourir sur la berge, et quelque part il s'imagina les imiter : mourrait-il ? Il regarda Nasyl, l'air plaintif, presque souffrant, hésitant :

« J'ai parfois l'impression d'être une erreur. »
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Lun 16 Mai - 16:01

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

La pluie. Des millions d’échos sur les pavés de la cité. Elle lavait les rues, effaçait le chaos. L’animation de la ville s’était tue, emportée par les premières gouttes. Certains habitants erraient sans un mot, le visage tourné vers le ciel. Un plafond cerné de lourds nuages. Une colère issue des tréfonds du désert qui se déversaient sans pitié sur Hydras. Nasyl se souvenait de l’odeur, âcre et entêtante. Puissante même. Jamais elle n’avait manqué un jour de pluie ; même lors des années les plus sombres au tréfonds des cavernes. La pluie avait toujours signé un traité temporaire. Elle sortait des ténèbres familières, s’aventurait en bordure des cavernes. Toujours tapie dans l’ombre, elle savait qu’elle échappait au regard des curieux. Ils étaient tous braqués vers le ciel de toute façon, ou derrière la fenêtre de leur demeure. La pluie fascinait. Bien plus que les ténèbres.

- La pluie, murmura-t-elle en écho.

Son regard s’était fait lointain, plongé vers ses propres souvenirs. Les yeux plissés, elle sentait ailleurs. Pourtant, elle ne manquait pas un mot d’Orr. Ses révélations, aussi éparses étaient-elles, étaient soigneusement enregistrées. Nasyl finit par hocher la tête. Un sourire léger dansait toujours sur ses lèvres. Insaisissable.

Les derniers mots d’Orr vinrent pourtant l’effacer. Elle détourna le regard. Inspirant profondément, elle observait ses mains. L’une d’elle vint remonter sur sa tempe, effleurant ses oreilles, elle évita les courbes acérées de celle-ci. Elle grimaça tandis que ses doigts s’attardaient sur sa nuque, décrivant les reliefs des écailles qui parcourait son échine. Légères et discrètes, elles étaient les cruelles preuves de sa véritable nature. Les yeux plissés, elle releva son regard et le posa sur Orr. Ils n’étaient que deux fentes, deux puits de ténèbres. Son sourire s’était mué en un rictus à la fois triste et douloureux.

- Moi aussi.

Sa voix était râpeuse, emplie d’amertume. Elle contemplait Orr avec plus d’intensité encore. Elle le détaillait sans pudeur. Elle relevait toutes les détails qui faisaient de lui un être à part et se sentait progressivement plus proche de lui qu’elle ne l’avait été d’aucun humain. En apparence, ils ne possédaient rien de commun. Ils semblaient même appartenir à deux univers complètement différents. Pourtant, dans le monde où ils avaient évolué, ils avaient tous deux connus le réconfort des ténèbres et de l’oubli.

Sans le quitter des yeux, elle se leva. Ses genoux craquèrent, le corps endolori par sa longue immobilité. Nasyl se mordit légèrement la lèvre inférieure, révélant une canine qui relevait plus d’un croc qu’autre chose. Elle s’avança, lentement. Les vagues léchèrent ses chevilles puis ses mollets. Lorsque l’eau atteignit le creux de ses genoux, elle s’arrêta. Orr n’était plus qu’à quelques mètres. Elle ne l’avait toujours pas quitté des yeux, captivée par ce qu’elle voyait. Un sourire triste vint finalement étirer ses lèvres jusque-là fermement closes.

- On n’est pas si différent alors.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Jeu 19 Mai - 5:47

L'espace d'un instant ils partagèrent leur peine. Il lu dans ses yeux, dans ses gestes... Il suivit du regard sa main, et sans doute remarqua-t-il véritablement les oreilles extraordinaires de Nasyl qu'à ce moment-là. Puisqu'il n'avait de lui qu'une image monstrueuse il ne put que les trouver belles. La force de ce contraste, cette mémoire accablante qui le faisait se sentir créature, était, pour un fragment de seconde, loin derrière lui. Sorenn rencontrait enfin quelqu'un qui lui ressemblait, il avait appris à vivre selon les hommes, et peut-être qu'après tout, au fond de lui, il l'était toujours. Se catégoriser avait été plus simple que de s'accepter. Il était immobilisé par une peur sereine.
Elle s'approcha, franchissant la barrière qui les séparait jusqu'à lors, pénétrant en elle... Tout comme lui l'avait fait la première fois. Allait-elle l'engloutir elle aussi ? Il regarda avec inquiétude ses pas lents froisser l'eau. La mer resta silencieuse, comme subjuguée par le culot de Nasyl, et le silence prit enfin place dans l'esprit de Sorenn.
Plus de voix, plus d'écho, plus rien. Il la regardait et cela remplissait ses sens. Elle n'avait pas disparu, il l'avait tout simplement oubliée. Sans savoir pourquoi il prit cela pour le plus beau cadeau qu'on eût pu lui faire. Il hoqueta d'un rire à la fois stressé et sincère. Sorenn voulu l'imiter, cependant hors de l'eau la grâce lui faisait défaut... Lui qui aurait voulu ne faire que glisser, se laisser porter par l'eau, tout comme Nasyl semblait être transportée par l'air, ne parvint à se mouvoir qu'en battant la nageoire et en contorsionnant son corps pour parcourir une distance ridicule dans d'immenses giclées d'eau. Mais là encore elle n'avait pas eu peur :

« J'avais oublié, un temps, oublié à quel point j'avais besoin de cette rencontre. »

Elle était si proche qu'en tendant le bras il aurait pu la toucher. Mais pourquoi faire ?... Pour qu'elle eût pu constater à quel point sa peau était gluante et poisseuse ? Ou encore qu'elle égratignât ses doigts sur les écailles rêches qui la recouvrait par endroit ?... Peut-être avait-il simplement besoin de ce contact, non pas pour qu'elle eût ressenti quoi que ce soit, mais pour que lui réalise qu'il ne s'agissait pas d'un rêve.
De tout ce qui aurait pu se passer, il redoutait de se faire mordre, non pas qu'il avait doté Nasyl d'une nature animale, mais bel et bien car il savait qu'un chiot apeuré était plus dangereux qu'un serpent téméraire. La puissance n'avait que peu d'importance dans les situations aussi fragiles... Et cet instant lui fit réaliser à quel point Nasyl paraissait jeune, ce qui était en contradiction totale avec ses façon d'interagir avec lui :

« Non. Pas si différents. »

Un mot et il la rejoindrait. A ce moment précis il n'avait qu'une envie : la suivre. Il ne saisissait certainement pas tout ce que ça impliquait. Il ne savait pas sa vie, il ne savait pas ses peurs, pour ainsi dire, ni lui, ni elle, ne savaient quoi que ce soit l'un de l'autre. Pourtant. Toujours ce pourtant. Il avait été là depuis le début et les maintenait ensemble pour des raisons qui les dépassaient :

« Sorenn. C'est- c'est mon nom. Sorenn. bredouilla-t-il, se remémorant sa vaine première tentative de prononciation. Tu me fascines. »

Dans ce dernier constat, il laissa entrevoir une certaine malice. Quelque chose qui n'avait pas refait surface depuis qu'il avait rejoint l'océan. Il leva le bras, dans un mouvement étrangement fluide et déterminé. La peur le guettait, mais cette fois la voix de Nasyl se fit plus forte : "J'affronterai ma peur.". Alors il continua, on aurait juré qu'il bombait le torse. Le laissera-t-elle faire ? Jusqu'où ce contact le mènerait ? Jusqu'où déciderait-il de le mener... Son souffle s'était coupé, il observait les oreilles de son amie avec un intérêt particulier. Peut-être qu'en les touchant il pourrait les comparer aux siennes... Peut-être...
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Jeu 19 Mai - 17:17

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

En réponse à sa propre approche, Orr voulut lui aussi s’avancer. L’éclat des écailles en mouvement accrocha alors son regard. Celles-ci parsemaient çà et là le haut de son corps. Elles semblaient se densifier progressivement pour ne laisser place qu’à une immense nageoire. L’idée d’autres êtres semblables à lui effleura un instant l’esprit de la jeune femme. Elle la repoussa aussitôt. La solitude qu’elle lisait chez Orr réfutait la proposition. A mesure qu’elle le détaillait, Nasyl prenait conscience de la profondeur de son isolement. Elle réalisait alors progressivement l’effet qu’elle devait elle-même éveiller chez lui. Elle représentait non seulement un univers dont les portes lui étaient closes mais également un reflet de sa propre solitude  Captivée par ce qu’elle voyait, Nasyl manqua de sursauter lorsqu’Orr prit la parole. Elle tourna vers lui un regard interrogateur.

« J'avais oublié, un temps, oublié à quel point j'avais besoin de cette rencontre. »

Un sourire flottait sur ses lèvres. En cet instant, ses pensées semblaient faire curieusement écho aux siennes. Un sentiment inexplicable qui faisait naître en elle un subtil mélange entre l’excitation et l’appréhension. Elle ne connaissait rien de lui, tout juste son nom. Pourtant, depuis les premiers instants de leur rencontre, elle semblait se sentir plus proche de lui que l’ensemble des êtres qui constituaient son quotidien. A ses côtés, tout ce qui la marginalisait perdait son sens.

- Sorenn, répéta-t-elle dans un souffle.

Ses lèvres et son esprit s’appropriaient le nom. Ainsi donc, les premiers mots qu’il avait prononcé à son encontre n’en avaient été qu’une maladroite ébauche. Un balbutiement. Elle esquissa un sourire cynique, réfrénant un léger rire.

- Moi qui croyais que tu t’appelais Orr.

Son sourire se fit plus doux.

- Je suis désolée.

Elle plissait légèrement les yeux, considérant Sorenn sous un nouvel angle. Les derniers mots qu’il venait de prononcer éveillait chez elle un sentiment confus. Généralement, son apparence suscitait chez son entourage de la frayeur ou du dégoût. Elle avait lu à quelques occasions dans le regard de ses interlocuteurs de la fascination mais cette dernière relevait davantage d’un appétit scientifique qu’autre chose. Ces regards-là avaient toujours été les plus terribles. Ils lui retiraient toute la satisfaction qu’elle pouvait tirer de son existence. Pourtant, dans les mots de Sorenn, elle ne devina rien de tout cela. Elle-même ne pouvait détacher ses yeux de toutes les différences qui faisaient de lui un être si particulier. Si rare. Par ce qu’ils dégageaient, ils étaient terriblement semblables. Leurs différences physiques ne faisaient que les rapprocher davantage l’un de l’autre, les unissant face à l’univers hostile dans lequel ils évoluaient.

Sorenn s’était redressé. Malgré sa position, il était presque à la hauteur de la jeune femme. En comparaison, Nasyl paraissait minuscule, infime. Il tendit une main vers elle, lentement. Ses yeux suivirent le mouvement. Son sourire s’était figé. Sa respiration semblait même s’être suspendue. Tétanisée, Nasyl observait la main s’approcher de son visage sans oser esquisser le moindre geste. Elle réalisait le courage qu’exigeait un tel geste de la part de Sorenn. Les yeux écarquillés, en proie à une tension palpable, la jeune femme redoutait pourtant le geste. Lorsque la main passa tout près de sa joue pour finalement frôler l’arrête effilée de son oreille, parcourant ensuite les reliefs du cartilage, elle frissonna. Ses doigts étaient glacés ; le contact lui faisait l’effet d’une morsure. Pourtant, elle ne retira pas sa main et persista à fixer Sorenn du coin de l’œil. Ce contact lui faisait l’effet de flotter entre deux réalités. Jusque-là, une part de son esprit s’était obstinée à laisser planer le doute sur cette rencontre.

Dans une longue inspiration, Nasyl fit lentement remonter sa main.  Elle la posa sur celle de Sorenn et la retira délicatement. Elle lui semblait toujours aussi froide. Baissant le regard, elle contempla la main qu’elle tenait entre ses doigts. Plus grande que la sienne, la peau était diaphane, presque translucide. Si les proportions étaient là, d’infinis détails la démarquaient pourtant de la sienne. Un sourire flottait sur ses lèvres tandis qu’elle la détaillait. Elle remarqua les nervures qui naissaient entre ses doigts, formant de petites palmures. Les ongles, plats et épais, faisaient davantage penser à des espèces de griffes. La texture était également différente. Elle paraissait plus délicate à l’exception de minuscules écailles qui recouvraient les phalanges. La peau était si lisse qu’elle lui semblait presque glisser entre ses doigts. Le souffle légèrement court, encore secouée par ce contact, Nasyl releva le regard vers celui de Sorenn.

- Tu me fascines aussi, admit-elle dans un souffle.

Un sourire sincère étirait ses lèvres. Ses yeux brillaient d’un éclat indéfinissable, à mi-chemin entre l’admiration et l’excitation. La jeune femme avait terriblement conscience de prendre part à un instant unique, incomparable. Sa main relâcha celle de Sorenn, retombant mollement le long de son corps. Les mâchoires légèrement crispées, elle ne parvenait pas à se défaire de la tension qui l’animait.

- D’où viens-tu Sorenn ?

Sa voix tremblait.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 7 Juin - 3:42

Orr. La malice qui s'était installée dans son regard n'en fut que plus rayonnante. Décidément ce qu'il avait articulé avait été au-delà de ses espérances, il n'avait pas eu la prétention de croire qu'elle eût pu retenir son nom, encore moins lorsque celui-ci ne voulait rien dire.
A la grande surprise de Sorenn, Nasyl ne broncha pas. Elle se laissa faire, était-ce une découverte pour elle aussi ? Peu étaient les gens intéressés les contacts directs. Encore moins pensaient à une zone aussi spécifique. Et puis, tendrement, comme l'abeille se pose sur la fleur, elle lui saisit la main et l'accompagna dans sa découverte.

Sorenn contempla Nasyl alors qu'elle scrutait sa main difforme. Il se découvrit à travers elle, mieux, il se dévoila.
L'animal a-t-il conscience de l'utilité de son pelage ? Le nettoie-t-il par instinct ou par intérêt ? A cet instant il se différencia. Il réalisait à quel point sa peau était lisse via les doigts de Nasyl. Comment aurait-il pu, lui, savoir qu'elle était aussi glissante en utilisant ses propres doigts, impossible. Ca demandait un corps étranger, une peau différente, car n'est comparable que ce qui est différent et similaire à la fois :

« Un village. »

Le temps s'arrêta. Un village oui, son village, aussi loin que sa mémoire allait : un village. Le désert, le verre, la poudre, tout ça il y avait déjà pensé. Mais son village ? Quel village ? Etait-il loin, était-il proche ? Il devait exister des centaines, non, des milliers de villages comme celui de ses souvenirs... Comment pouvait-il savoir lequel avait pénétré sa mémoire au point de lui paraître aussi réel ? Sorenn plongea ses yeux suintants dans ceux de Nasyl, visiblement perdu. Un village, ses lèvres mimèrent le mot sans qu'un son n'osât s'échapper :

« Elle m'a tout pris, tout donné. un sourire triste orna son visage tâché d'écailles. Parle-moi de toi. »

Cacher son ignorance, l'une de ses plus grandes peurs. Quand se lasserait-elle de lui parler ? Quand finirait-elle par abandonner l'idée de le chercher, tout comme ses parents l'avaient fait ? Avait-il voulu être retrouvé ? Palier à sa propre bêtise, murer ses souvenirs et ne les entrevoir qu'en sautant de plus en plus haut sans toutefois parvenir à en comprendre les détails. Il comprenait que sa mémoire était biaisée, le faux, le vrai, ce dont il se rappelait et ce qui s'était réellement passé, il prenait conscience de la différence sans parvenir à identifier les incohérences. Après tout, il avait fuit, on ne l'avait pas chassé, pas vrai ?... Le sentiment de rejet lui faisait penser le contraire et pourtant, la vérité absurde de sa fuite le hantait. Ce n'était pas de sa faute, il n'avait pas choisi sa vie :

« J'ai pas toujours été comme ça. lança-t-il, un certain dégoût dans la voix. J-- Je sais faire des choses ! tentait-il de l'impressionner ? Du... du verre ! Avec les bons outils, oui... les bons outils. »

Il avait hésité, une fraction de seconde. Il aurait fait changer le courant de l'océan lui-même si elle le lui avait demandé, si ça avait pu la faire rester. Sorenn voulait se sentir important, plus qu'important, indispensable, unique, exceptionnel. Il était bien incapable de se rappeler avec précision les gestes qui auraient fait de lui un bon souffleur de verre, mais c'était un art qui, à défaut d'être noble, façonnait un matériel précieux et prisé. Il pensait, à tort, que fournir à Nasyl quelque chose à laquelle elle pouvait se rapporter serait plus simple...
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mer 8 Juin - 16:07

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Un frisson parcourut son échine. Nasyl resserra instinctivement les bras autour de sa poitrine. Un sourire crispé étirait toujours ses lèvres. Elle était incapable de deviner l’origine exacte de son frisson. Un mélange de tension et d’excitation se confondait et déroutait ses sens. La réponse lapidaire de Sorenn quant à ses origines lui tira un léger rire. Elle plissa les yeux, amusée. Une part de la tension s’était estompée. Bien que sa curiosité ait été attisée, la jeune femme ne chercha pas à en savoir davantage. Elle devinait dans le regard et l’attitude de Sorenn la difficulté d’évoquer un passé aussi lointain.

Les souvenirs s’amoncèlent puis finissent par s’estomper. La mémoire nous trahie. Invariablement.

Les réponses de Sorenn se faisaient plus fragmentaires et laconiques. Les sourcils légèrement froncés, perplexe, Nasyl laissa un moment flotter le silence. A mesure qu’elle l’observait, elle ressentait son envie de briser le silence à tout prix, de l’inciter à parler davantage. Comme poussé de l’avant, Sorenn ne voulait pas refouler les souvenirs qui l’assaillaient. Il se les appropriait de nouveau en les prononçant.

- J’ai déjà vu un artisan souffler du verre.

Elle plissait les yeux, tentant de se remémorer un passage de son passé.

- Je me souviens de la chaleur. De l’éclat unique du verre qui se transformait. L’objet qui se créait entre ses mains.

Un sourire rêveur étirait ses lèvres.

- C'était magnifique.

Elle voyait les images défiler derrière ses paupières à moitié closes. Il s’agissait d’une part de son passé qu’elle avait appris à aimer. Il en résultait un mélange de bonheur et de tristesse. Un passé qui s’était dérobait à elle en emportant son père adoptif. Nasyl s’ébroua, chassant les premiers relents de mélancolie. Son regard revint sur Sorenn.

- Je viens de la plus grande cité qu’abrite Ermurag. On la nomme Hydras, tu en as déjà entendu parler ?

En évoquant de tels noms, Nasyl espérait susciter de nouveaux souvenirs dans sa mémoire embrumée. Elle voulait inciter Sorenn à s’exprimer davantage. Elle souhaitait en apprendre davantage sur lui. Sa curiosité ne voulait pas s’éteindre.

- Là-bas, j’y suis une Sentinelle, une gardienne de la cité.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Dim 12 Juin - 23:21

Il acquiesça. Hydras, il aurait été bien incapable de le situer sur une carte mais ce n'était pas ce qu'on lui avait demandé. Oui, il en avait entendu parler et il crut en trouver le souvenir, toutefois impossible de savoir si cela trahissait son envie présente d'y aller ou s'il s'agissait réellement d'un vestige de son enfance.
Cependant lorsqu'elle lui annonça être Sentinelle Sorenn ne pu qu'incliner la tête de curiosité. Il comprenait le mot, et sans doute en saisissait-il le sens premier. Mais le nom d'un métier véhiculait parfois une fausse image... Pour ne reprendre que le souffleur de verre, le souffle n'était que dix pourcent de tout le travail, à peine de quoi créer une bulle d'air suffisamment grande. La sculpture, modeler le verre, y ajouter les teintes, c'était ça être "souffleur de verre". Alors une Sentinelle ? Que pouvait-elle bien faire à part regarder et se déplacer ? Une gardienne... Se battait-elle ? Sans savoir pourquoi il ne peinait pas à se l'imaginer en train de se battre férocement contre ses opposants, cette pensée lui arracha un sourire :

« Je comprends maintenant pourquoi tu n'as pas peur. »

De moi... finit-il dans son esprit alors qu'il plongeait ses yeux dans ceux de Nasyl, espérant y découvrir un semblant de réponse à sa propre existence. Ca avait du sens, elle n'avait pas peur : pourquoi ? Car elle était habituée à bien pire. Les monstres, ces choses qui se déplaçaient dans les ombres et glaçait le sang de Sorenn, elle devait sans doute les combattre. Il faisait un bien piètre homme en comparaison... Qu'avait-il fait pour sa communauté à part suivre égoïstement sa voie ? Un mélange de honte et d'admiration teinta son regard :

« Comment sont-ils ?... Les gens d'Hydras... »

Similaires, proches, ressemblants, identiques, il n'en savait rien. Sorenn se sentait proche d'elle plus que de n'importe qui d'autre, et peut-être n'était-ce là que le résultat d'une solitude prolongée. Dans les abysses de son être résonnait l'espoir, Nasyl représentait cette lumière inatteignable, celle qui savait ce qui se cachait. Peut-être qu'ils n'avaient rien en commun, peut-être qu'il se trompait, peut-être qu'elle se jouait de lui. Encore une fois, il fit taire son instinct, pour elle, pour lui. Il voulait savoir, savoir comment elle avait pu survivre sans partir, bien peu averti que seul les gens comme lui ressentaient ce besoin de s'exiler dans les eaux.
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Ven 17 Juin - 17:12

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

– « Je comprends maintenant pourquoi tu n'as pas peur. »

Un sourire triste étirait ses lèvres. Son regard s’assombrit légèrement. Elle se souvint de la première fois où les ténèbres l’engloutirent. La première fois qu’elle en fit son refuge. Le silence qui l’enveloppait, déchiré par quelques cris lointains. Elle se souvint avoir fui, chassée par les siens. Nasyl frissonna, frictionnant ses bras avec ses mains. Son sourire s’était effacé mais la lueur triste s’était estompée dans son regard. Les souvenirs s’éloignaient.

A la dernière question de Sorenn, elle plissa légèrement les yeux. La jeune femme ne s’était vraisemblablement jamais interrogée à ce sujet. A dire vrai, elle n’avait jamais eu l’occasion de prendre du recul par rapport à l’unique communauté qu’elle avait pu fréquenter. Ses pensées se penchèrent alors sur ses récentes rencontres, à l’extérieur de la cité principal d’Ermurag. Elle se souvint des différents accueils qu’elle avait reçus. D’abord en tant que Sentinelle puis en tant qu’enfant marquée par l’héritage des dragons.

- Impitoyables.

Un rictus cynique étirait ses traits.

- Méfiants et solidaires à la fois. Juste assez pour affronter les horreurs qui habitent les tréfonds des cavernes et qui remontent parfois à la surface.

Beaucoup ne croyaient pas à l’existence des goules ou des matriarches, n’y voyant là que des fables destinées à effrayer les candides. Ces gens-là n’avaient cependant pas vécu assez longtemps aux abords d’Hydras pour y croire. Les cris qui déchiraient parfois la nuit, se répercutant contre les murailles de la cité, finissaient par en convaincre plus d’un. Les incursions de telles créatures étaient cependant rares. Juste assez fréquentes pour qu’elles puissent justifier les rondes sempiternelles des Sentinelles toutefois.

- Ils sont sales et bruyants mais courageux et obstinés.

L’idée lui plût et lui tira un sourire. Son regard qui s’était un instant perdu au loin lorsqu’elle était dans ses pensées revint vers Sorenn. Chaque fois qu’elle posait ses yeux sur lui, ces derniers accrochaient de nouveaux détails. Allant de l’irrégularité de sa peau parsemée de fines écailles jusqu’à la forme atypique de ses dents. Nasyl fronça les sourcils, réprimandant l’impudeur et l’indiscrétion dont elle faisait preuve. De tels regards et considérations à son égard l’agaçait au plus au point et voilà qu’elle se mettait à agir de façon aussi détestable. Elle renifla, contrariée.

- Mes différences, elle retroussa la lèvre supérieure dévoilant ses canines effilées tout en évoquant d’un geste désinvolte ses yeux et ses oreilles, ils disent qu’elles sont l’héritage de la magie draconique qui circule en moi.

Elle plissa les yeux. Son ton se fit plus hésitant.

- Est-ce que tu serais toi aussi un enfant de dragon ?
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Mar 28 Juin - 19:53

Le monde était-il en fin de compte encore plus dangereux qui ne se l'imaginait ? Ironique pensée de la part d'un être qui évoluait dans les profondeurs de l'océan. Il s'était imaginé les hommes comme des créatures sauvages, ou plutôt, il s'était senti tellement animal qu'il avait appris à les fuir. Sorenn commençait à comprendre, du moins le pensait-il. Il y avait pire que les hommes et les bêtes qui parfois l'attaquaient : les ombres.
Il n'aurait su les décrire avec précision, non pas que la noirceurs des abysses eût altérée sa vision, au contraire il y voyait aussi bien qu'en plein jour... Mais car leur visage et leur forme n'était aucunement définis, du gaz, sous l'eau, vaporeux comme de la vapeur et aussi tangible que l'eau, peut-être plus épais, du moins à les regarder bouger. Sorenn avait fuit ce jour-là, fuit aussi vite que possible et n'était jamais revenu à l'endroit où cette rencontre effrayante avait eu lieu :

« Moi je te crois. fit-il empli d'une conviction que nul n'aurait pu remettre en cause. »

Nasyl continua. Il buvait ses paroles, écouter quelqu'un lui parler comme si rien n'avait changé lui faisait du bien. Être normal. Il ne s'était jamais senti "normal". Cette sensation lui était agréable, même le regard insistant de Nasyl n'y changea rien. Qu'elle le regarde, le scrute, il lui en donnait le droit autant qu'il se donnait le droit de rester.
Lorsqu'elle révéla pleinement ses différences, il comprit dès lors qu'ils étaient pareil. Il tentait de s'en convaincre et y parvenait avec une remarquable efficacité. Rien d'autre n'aurait pu expliquer ces oreilles, ces écailles, ces dents, et Sorenn se rappelait de ses premières transformations. Un nouveau souvenir, encore. Il ne savait pas vraiment où elle voulait en venir, la magie draconique, il ne savait même pas ce que c'était. Certes, il se savait différent, se pensait unique jusqu'à cette rencontre. Il fit une moue indécise :

« Je n'en sais rien. »

Il ne s'était jamais posé la question, pourtant même si le terme lui était inconnu il ne pouvait nier que ça expliquerait pas mal de choses. A commencer par ce qu'il était capable de faire. Son visage se détendit, il plongea son regard reptilien dans celui de Nasyl. Sa détermination était palpable, il aurait pu la prendre à pleine main et la lui donner, battante comme un cœur :

« Tout ce que je sais c'est que je me revois, en toi. Il faut que tu arrêtes de l'utiliser. »

Il n'osait pas lui dire clairement, si elle aussi en était douée alors elle comprendrait... peut-être. Quelque chose avait changé en Sorenn, cette autorité ne lui ressemblait pas. Bien loin de son attitude craintive et hésitante, il semblait la mettre en garde.
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Nasyl Croc-Sanglant
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MessageSujet: Re: L'Homme et la Mer [PV Sorenn]   Ven 1 Juil - 11:20

Tellement vous aimez le carnage et la mort,


- Je n’en sais rien.

La réponse de Sorenn lui tira un sourire triste. Un léger soupir s’échappa de ses lèvres entrouvertes. Elle avait l’intime conviction qu’il ne pouvait en être autrement. La solitude et les réminiscences d’anciennes souffrances qui émanaient de lui trahissaient son passé et le rejet des siens. Nasyl se voyait trop clairement en lui, échos de ses propres tourments, pour qu’il en fut autrement. La magie draconique, imprécise, capricieuse et méconnue pouvait sans doute s’exprimer par bien des façons. Elle en était intimement persuadée.

Pourtant, la jeune femme n’en dit rien. Il était inutile de le presser, de le pousser à admettre un fait qu’il lui était auparavant inconnu. Cela n’aurait fait que l’effrayer. Et Nasyl redoutait l’instant où elle commettrait une erreur, l'instant où il fuirait pour rejoindre les abîmes.

Tout ce que je sais c'est que je me revois, en toi. Il faut que tu arrêtes de l'utiliser.

Moi aussi, eut-elle envie de répondre à son premier aveu. Cependant, l’injonction qui suivit l’arrêta dans son élan. Elle accusa le coup par un léger geste de recul, les sourcils froncés, la bouche entrouverte en une contestation muette. Elle observait Sorenn de ses yeux d’ambre dont les pupilles fendues s’ouvraient davantage. La lumière déclinait progressivement à mesure que le jour touchait à sa fin. Elle poussa un soupir bref qui pouvait passer pour un léger rire. Les sourcils toujours froncés, ses lèvres affichaient désormais un sourire cynique.

- Arrêter quoi ? La magie draconique ?

Elle écarta les mains le long de son corps en un geste d'impuissance.

- Je ne la contrôle pas. Ce serait comme me demander au soleil d’arrêter de briller ou aux hommes d'arrêter de tuer. Elle est en moi, j’ai toujours été ainsi. Presque. Je ne me souviens pas d’un jour où je n’ai pas eu tous ses attributs qui ne font pas de moi un être humain.

Elle s’était exprimée avec empressement, sentant la colère poindre dans son ton sans qu’elle ne puisse la retenir. Il y avait de la frustration dans ses paroles, une impuissance palpable. Elle laissa retomber les bras le long de son corps par dépit puis se mit à secouer légèrement la tête ; les yeux mi-clos. Demeurant un moment silencieuse, elle remâchait sa propre amertume.

- Avec cette magie, je peux tout juste voir dans la pénombre et me rendre momentanément invisible.

Un sourire désabusé vint étirer le coin de ses lèvres. Elle releva le regard.

- Ce qui pourrait être pratique si je savais le maîtriser correctement.

Et si elle ne craignait pas de se faire à son tour dévorer par les ombres. Elle haussa les épaules. Ses yeux revinrent se planter dans ceux de Sorenn, ceux-ci brillaient d’un éclat profond. On semblait pouvoir s’y perdre, au contraire des siens qui n’étaient que deux pâles gemmes reflétant tout ce qu’elles voyaient. Les yeux plissés, elle repensait aux paroles de Sorenn.

- Mais toi, commença-t-elle dans un souffle, tu sous-entends que tu peux arrêter c’est ça ? Tu n’as pas toujours été ainsi puisque tu vivais dans un village, que tu soufflais du verre, non ?

Son ton s’était raffermit, laissant poindre une once d’espoir. Sorenn possédait peut-être la clé d’un mystère qu’elle n’était jamais parvenue à résoudre.
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