Moments de nostalgie

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Caragh Spurv'ach
Inventaire : Un griffon nommé Danztari
Deux poignards
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Des clefs et des rossignols
Une carte de l'archipel
Quelques écales
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MessageSujet: Moments de nostalgie   Sam 18 Fév - 12:05

Nèpres, septième Skoh de Solyvan, cycle de Tosvar 1203

Je me souviens de la nuit où je rencontrais mon père ...






La voix détonna derrière elle, stridente, éraillée, furieuse. L'aubergiste faisait mine de ne rien entendre, s'inquiétant plus que sa femme puisse être entendue par d'autres, par quelques dormeurs par exemple, tandis que les deux enfants regardaient d'un œil mi-inquiet mi-curieux le cruel jeu de Griffon et Namur se jouant dans la cuisine. Un peu plus tôt dans la soirée, l'orpheline avait trébuché – Jiskar seul savait comment : sur le pied distrait d'un habitué – et renversé deux pleines chopes de bière sur un client, à qui il avait fallut évidemment présenter des excuses, et offrir sa tournée, ce dont il ne s'était ni formalisé, ni privé. Il avait festoyé à l’œil, offert par la maison. Leur mère avait gardé son calme autant qu'elle le pouvait tout du long du service, bien que blême de rage, mais elle mourrait d'envie d'étrangler elle-même la maladroite, que son mari avait renvoyé aux cuisines pour chercher de quoi nettoyer au mieux son erreur avec un solide coup de botte dans le bas du dos. Maintenant, elle payait. La femme lui courrait après, ou plutôt se jetait après elle, et la petite, par habitude, esquivait, plongeant sur les côtés, au détour des tables, sous la table même ; ce qui bien sûr n'était pas pour calmer l'enragée, qui persiflait des menaces et des insultes les unes après les autres. Les enfants étouffèrent une exclamation lorsque la main de leur mère se referma comme un étau sur le bras de la fuyarde. Une première gifle tomba.

Elle savait parfaitement que si la mégère réussissait à la tirer jusqu'à la cave, elle serait prise au piège, entièrement à sa merci. Et au vu de son visage rougi, elle n'en n'aurait pas de sitôt. La gamine se débattait, poussait, frappa la femme, qui se retourna sur elle, hors d'elle même, hurlante. Le père avisa ses enfants du coin de l’œil et remonta avec eux, suggérant à sa femme, sans trop d'espoir, de ne pas faire trop de bruit. Les coups tombaient, la fillette se débattait avec moins d'énergie, occupée à se protéger vainement en levant le bras. Habituellement, l'autre ne la frappait pas au visage. Ils frappaient là où les clients ne pouvaient le voir, elle l'avait bien compris. Mais cette nuit là, l'aubergiste était dans une rage telle qu'elle ne semblait plus se soucier d'où elle frappait. Elle ne criait même plus. Elle ahanait, ou persiflait de temps à autre d'un air menaçant, mais elle frappait comme si elle battait du linge. La fillette prit peur. Cette nuit ne serait pas comme les autres. Peut-être, ce soir, mourrait-elle. Elle mordit la main qui la retenait avec l'énergie du désespoir, jusqu'à sentir un goût âcre sur sa langue. Sa tortionnaire glapit et la lâcha. Elle profita de ce qui serait, elle en était sûre, son unique chance et bondit en arrière, vers la porte donnant sur une ruelle derrière, où ils jetaient les ordures. Dehors serait le seul endroit où elle ne pourrait pas la rattraper. Elle sentit une main battre l'air, voulant l’attraper par les cheveux, et elle tira la porte aussi fort qu'elle put, priant un dieu, n'importe lequel, pour que la furie s'ouvre le crâne sur le battant de la porte de bois, et s'enfuit à toute jambes sans prêter attention aux vociférations derrière elle.

Elle courut, sans réfléchir, sans s'arrêter, prenant plusieurs tournants, aveugle de peur et de larmes, jusqu'à ce que son souffle ne la porte plus. Elle se terra dans une venelle, se collant à un mur comme si elle voulait s'y fondre. Elle ne s'était jamais aventurée bien loin de l'auberge, et ne savait déjà plus où elle était. Sa respiration sifflante se fit sanglotante. Elle étouffait. Elle avait mal. Elle pleurait en silence.






Les griffes plantées dans le mur, l'hajhira descendait avec précaution, cherchant le moindre défaut dans le mur pour lui servir de prise et descendre un peu plus bas. Dans son sac, il avait un butin qui lui permettrait, s'il le revendait bien, et aux bonnes personnes, d'obtenir quelques écales sonnantes et trébuchantes : des bijoux d'une faction pas trop mauvaise où il lui avait semblé reconnaître de l'or et différentes pierres joliment taillées, des perles et autres babioles faciles à transporter -et à revendre. Il fallait dire aussi que s'aventurer de pièces en pièces dans la maison endormie, alors que les bourgeois étaient là ne laissait pas beaucoup le temps de juger sur ce qu'il emportait, ni de remuer la maison de fond en combles à la recherche de la dernière écale.

A cette heure-ci, plus personne n'était dehors. De plus, il avait plu dans la soirée. La voie était donc à priori libre. S'il entendait un groupe arriver, il lui suffirait de tituber de son mieux, voire même d'entamer franchement une conversation sans queue ni tête pour se faire passer pour un vulgaire poivrot égaré. Mais il entendit toute autre chose. Des pas pressés mais trop légers, qui s'arrêtèrent brusquement dans la ruelle. Une respiration précipitée qui se transforma en sanglots étouffés. Il sauta et se réceptionna discrètement. C'était effectivement une jeune enfant, recroquevillée sur elle même. Les enfants des rues n'étaient pas si rares que cela, mais ils offraient toujours un spectacle déchirant, lorsqu'on les apercevait. Ou lorsqu'on voulait enfin les regarder. Il poussa un soupir et s'approcha de la petite.

- Hey..

Elle releva un œil apeuré sur lui à travers ses mèches mais n'osa pas bouger. Il s'accroupit pour se mettre à son niveau, l'oreille toujours aux aguets.

- Qu'est ce que tu fais là, petite ?

L'enfant releva un peu la tête pour jeter des regards inquiets autour d'elle avant de répondre, d'une voix à peine audible.

- Je me suis perdue.

- Tu veux que je te ramènes chez toi ? Continua-t-il de sa voix la plus douce

Elle marqua une longue hésitation. Trop longue pour ne pas être suspecte.

- Je sais pas … J'ai peur.

- Tout va bien, je ne te ferais aucun mal, la rassura-t-il, bien qu'il sentait qu'il n'était pas la seule raison pour laquelle l'enfant avait peur. Comment tu t'appelles ?

- Ils m'ont appelée « La Petite ».

- Ils ? Qui ça, ils ?

Chaque mot lui semblait pénible, et elle se referma un peu plus.

- Ce n'est pas grave si tu ne veux pas répondre. Montres-toi un peu. C'est mouillé par terre, ce ne doit pas être très confortable, dit-il en lui tendant sa grosse patte velue, qu'elle sembla hésiter à prendre un instant avant d'étirer un bras maigre, tuméfié, et de se relever péniblement. C'est à ce moment là qu'elle le regarda pour la première fois en face. Ses yeux étaient gonflés, sa pommette gauche avait pris une mauvaise couleur, et il aurait parié son butin que le reste de son corps devait être dans un état semblable. Une grimace de dégoût et de pitié lui déforma le visage. Elle baissa un peu les yeux, honteuse, avant de le fixer à nouveau de ses yeux larmoyants, résignés, en tentant un pitoyable sourire. Sa décision était prise. Il allait la ramener, mais pas de là d'où elle venait, puisse Klavos les brûler vif.

- Tu vas venir avec moi, fit-il d'une voix chaude avant de la soulever contre lui. Elle ne se débattit pas, elle était si légère. Il ronronna du fond de la gorge dans un vieux réflexe. Elle était de loin le chargement le plus délicat de son butin. Elle posa la tête contre son poitrail, la main nerveusement crispée sur l'ouverture de sa chemise alors qu'ils glissaient parmi les ombres de la nuit.



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